Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Témoignages // Retour au pays de la diaspora - sept. 2017

 

Le blog Une vie en Afrique a eu envie de partager avec vous son expérience, dès le début de l'aventure.

Annuaire d'adresses et articles sur la vie dans les pays où l'on est passé, c'est un travail chronophage qui n'a cessé de croître depuis la création du blog en 2008 au Congo.

Riche en rencontres, le blog a fédéré des liseurs, des curieux, des demandeurs, des initiateurs, des fidèles (ou pas) ... 

Depuis son arrivée au Sénégal, le blog a été contacté par de nombreux français venus s'installer, tout juste arrivés, pleins de questions, peut-être un peu anxieux.

Il a aussi reçu de nombreux messages de sénégalais de la diaspora qui venaient tâter le terrain avant de prendre le chemin du retour. Nous les avons rencontré, nous avons participé à leurs débuts, nous avons vu leurs doutes, nous avons entendu leurs questions. La plupart d'entre eux sont revenus s'installer chez eux et monter leur entreprise. Ce sont leurs témoignages que vous lirez dessous.

Le partage d'une autre expérience, d'un retour au pays tel qu'un jour, nous autres expatriés ou émigrés, le connaitront un jour. 

 

Cet article a été rédigé en 2017 mais il est resté longtemps dans les brouillons. Je ne le considère pas achevé, au contraire, il peut s'enrichir au fur et à mesure de vos commentaires, de vos expériences, si vous voulez bien les partager !

 

Bonne lecture !

 


 

Abdoulaye G. - Auto-entrepreneur

 

Quelles conditions

La principale condition était d'avoir des revenus suffisants pour subvenir aux besoins de ma famille. Donc je me suis assuré d'avoir au moins 2 ans de revenus avant de débarquer.

 

Ce que vous attendiez ici

Honnêtement je ne me suis pas posé cette question. Je me suis surtout demandé qu'est-ce que je peux faire pour être fier de moi, pour avoir un impact au Sénégal. C'est la raison pour laquelle je me suis lancé dans la fabrication et la distribution de produits d’hygiènes pour les bébés et les femmes pour préserver la santé des populations et réduire les déchets.

 

Ce que vous y avez trouvé

J’ai été agréablement surpris en revenant au Sénégal. J’ai trouvé des personnes très motivées, très compétentes dans plusieurs domaines. Je reconnais que je suis ici que depuis 3 mois alors attendons un peu, je vous donnerai mon avis dans 1 an J

D’un autre côté je me rends aussi compte que ce n’est pas facile de travailler avec certains sénégalais qui ne sont jamais sortis du Sénégal. Ma vision du travail est un peu différente, alors j’essaie de comprendre sans renier mes convictions.

 

Votre préparation pour revenir

Avec 2 enfants scolarisés, une femme chef d’entreprise et un boulot à quitter à Paris, j’avoue que le grand saut a été un peu stressant.

Cela fait 2 ans que nous préparons ce projet en famille, nous avons beaucoup discuté en famille pour rassurer tout le monde et fait plusieurs voyages pour préparer l’installation. Nous avons reporté notre arrivée de 6 mois pour mieux la préparer. Je pense que le plus important pour réaliser ce genre de projet est la communication et ne pas se presser.

 

Il y a 23 ans, j’ai quitté un pays au ralenti, aujourd’hui je découvre un pays avec plein de possibilités, une population connectée avec le monde et décomplexée dans l’affirmation de ses valeurs et ses compétences.

En revanche comme l’information circule rapidement aujourd’hui, les sénégalais sont tentés de copier les bonnes et mauvaises habitudes qui se passent à l’autre bout du monde. A mon avis, il faut faire attention pour ne pas faire les mêmes erreurs que les autres. On peut s’inspirer d’expériences réussies mais il ne faut pas oublier de les adapter à nos réalités.


 

Habi - Consultante

 

Ma première année à Dakar.

Après cinq ans de vie estudiantine au canada me voilà de retour au Sénégal.

 

C’est une nouvelle vie qui commence pour moi. Je vais travailler, fini l’insouciance. Toute fière, je viens de décrocher un emploi chez moi.  J’ai choisi de raconter mon vécu au présent comme si je  revivais cette étape de ma vie qui m’a beaucoup marquée et forgée.

 

Premier jour d’embauche. Premier choc !

Je m’installe dans la salle d’attente du directeur Général qui est mon responsable hiérarchique. Monsieur arrive, il jette un coup d’œil furtif sur nous qui l’attendons depuis une heure sans un petit bonjour, il se dirige dans son bureau. Bien sûr, tous ses collaborateurs sont venus voir son assistante pour vérifier s’il était déjà arrivé, ce que je ne comprends pas. Pourquoi ne pas rejoindre son bureau directement, quel était le sens de cette vérification. Je l’entends dire à son assistante : "faites entrer la petite nouvelle", il connaissait mon nom. Après les présentations d’usage et d’échanges avec les différents collaborateurs, je m’installe dans mon bureau toute seule avec mon écriteau sur la porte : "chargée de clientèle".

 

Trente jours de chargée de clientèle. Deuxième choc !

J’ai droit à des remontrances parce que je ne donne pas la main pour dire bonjour, je me contente de dire bonjour. Pour eux c’est un manque de respect enveloppé d’arrogance. La petite demoiselle ne se sent pas parce qu’elle est un cadre. C’est vrai j’ai perdu cette habitude, ça fais cinq ans que je ne l’ai pas pratiquée. A qui la faute, je fais l’essentiel, je dis bonjour et j’assume l’ensemble de mes fonctions correctement.

 

Soixante jours de chargée de clientèle. Troisième choc !

Mes collègues me reprochent de toujours m’exprimer en français. A qui la faute ?

Dans ma famille, mon père s’exprime dans sa langue maternelle et ma mère aussi dans sa langue, et bien entendu des langues différentes, ils s’expriment en français avec nous depuis notre plus jeune âge. Ils se sont sûrement dit que ça nous aiderait à mieux nous exprimer en français. Aujourd’hui on rencontre des étudiants incapables de faire une phrase sans faute.   

 

Trois cent soixante-cinq jours de chargée de clientèle transformée en directrice commerciale. Quatrième choc !

Comme si ça ne suffit pas avec mes désagréments d’ordre professionnel, mes proches commencent à me demander  : "pourquoi tu ne te maries pas ?, qu’est-ce que tu attends ?". Je me dis ils pensent quoi, les  princes charmants, ils ne  poussent pas dans les arbres. Ce n’est pas parce que je travaille que je dois me marier. D’après moi le mariage n’est pas un signe de réussite.

Mes collaborateurs me trouvent trop jeune pour occuper ce poste, ils oublient les réalisations que j’ai faites. Je suis fatiguée de prouver que je suis capable. Même si j’étais la plus jeune je me suis refusée le rituel « du tonton tata au bureau ». Vous devinerez que cette décision ne m’aidera pas. J’ai tenu bon. Je me suis battue pour me faire accepter avec mes valeurs et mon éducation. Finalement je suis restée 10 ans dans cette entreprise même en adoptant la loi du « masla ».

Je pense que quel que soit le nombre d’année qu’on porte il faut assumer les conséquences de nos actes et savoir taper sur la table quand il faut.


Souleymane G. - auto-entrepreneur

Souleymane est revenu en 2016

 

Le bruit et la fureur, histoire d’un retour au Sénégal.

Il y a quelques mois, trois pour être précis, je pliais bagage et décidais de quitter la France pour venir m’installer au Sénégal, femme et enfants sous les bras. En n pas vraiment. Je n’ai pas encore d’enfants et la décision n’était pas si abrupte, elle était le fruit d’un long cheminement personnel sur lequel je passerai volontiers.

Que dire alors si je devais partager ma néo expérience du retour avec ceux qui sont encore la bas et qui hésitent, avec ceux qui sont ici, et même avec ceux qui n’éprouvent aucune envie de rentrer ? Beaucoup de choses. Je n’en citerai que quelques unes, à travers quelques sentiments qui m’animent depuis mon arrivée.

Le bruit. Omniprésent. Quitter une grande ville française (lesquelles déjà ne sont pas des références de tranquillité) pour s’installer à Dakar, c’est plonger dans un nouveau monde fait de bruit incessant. Partout, tout le temps. Un mariage, des chants religieux, l’appel du muezzin, les discussions dans les transports en communs, l’apprenti qui tape frénétiquement sur la carcasse du véhicule, les coups de klaxon, les hauts parleurs au marché, les vendeurs ambulants criant leurs produits à travers les quartiers, les moutons sur les terrasses. Pour certains, cette liste in nie de sons du quotidien confère à la capitale dakaroise une ambiance colorée qui la distingue de la froideur européenne. D’autres n’y voient que le signe d’une indiscipline et d’un manque de respect pour le voisinage et l’espace public. Quoique vous en pensiez, il vaut mieux vous y préparer étant entendu que vous n’y échapperez pas.

Il y a ensuite la fureur, une fureur de vivre, une frénésie perceptible à tous les niveaux de la capitale sénégalaise. L’informel dicte ici clairement sa loi, les rues grouillent littéralement de monde qui vaquent à des occupations diverses, de survie surement. Aucun espace n’est épargné par l’activité humaine, un bout de trottoir, une devanture de maison, un bout de chaussée non investi par les voitures. Que ce soit à minuit en semaine, ou le jour du Seigneur, vous trouverez toujours de la vie, des commerces encore ouverts pour vous vendre des sandales, des cartes téléphoniques, du yaourt jaabot et que sais je d’autre. La encore, indiscipline diront certains, d’autres rétorqueront que c’est une vie non aseptisée qu’ils sont bien heureux d’avoir.

La mé ance. Etant venu pour m’installer et mener un projet de librairie qui me tient à coeur, je suis particulièrement sensible à la nature des relations commerciales, humaines. Et s’il est bien un aspect qui m’a fortement marqué, me déplaît et me fatigue énormèment, c’est le manque de transparence dans ces relations commerciales qui engendre un état d’alerte et de mé ance constant de la part de chacun. La con ance spontanée n’existe pas, ou peu. Cela commence par la plus basique des relations, celle entre le vendeur et l’acheteur symbolisée par l’acte de marchandage. Côté vendeur, la volonté de transparence est nulle. Annoncer un prix xe, valable pour tous est avant tout une occasion ratée de pigeonner un futur client. Il est donc normal que côté acheteur/consommateur, on soit naturellement sur le qui vive car tout prix annoncé implique nécessairement une volonté d’arnaque de la part de l’interlocuteur en face, qu’il soit vendeur, taximan, artisan. Prenez un second exemple, institutionnel cette fois : la téléphonie mobile. Si la plupart des sénégalais aiment accuser l’opérateur français (O.....) de tous les maux, c’est oublier qu’aucun de ceux présents sur le marché ne fait preuve de réelles transparence sur les prix pratiqués. Il est admis dans la culture populaire que ceux ci doivent être noyés dans une masse de promotions à couper le souf e:100 % de bonus, 200 %, 400 %, illimix, super bougna, de quoi attirer le chaland.

On pourrait ainsi étendre les exemples à de multiples autres domaines. Il en résulte un climat de mé ance généralisée qui ne peut être que nuisible pour les affaires.

Ceci dit, me concernant, je me sens plutôt bien après trois mois passés ici. Comme beaucoup de ceux que l’on appelle les B2G (Back to Galsen/De retour au Sénégal), je ne regrette pas un instant d’avoir fait ce choix. Car malgré les dif cultés, et elles sont nombreuses, il est agréable de retrouver

une certaine « sérénité » dans l’air, un plaisir de vivre que l’on a dif cilement dans sa vie d’expatrié sénégalais vivant en France. Evidemment lorsqu’on arrive, on passe par une phase dépressive pendant laquelle on peste contre l’anarchie de la circulation, contre les rendez qui se font à H+2, les GAB (distributeurs de billets) vides mais toujours avec un vigile, le je m’en foutisme, la saleté, internet, Orange, et même Dieu parfois. Mais quelques semaines, quelques mois vous laissent le temps, non pas de vous habituer, mais de comprendre que les choses vont à un autre rythme ici. Une fois qu’on a intégré cette donnée dans son disque dur, qu’on s’est fait sienne la maxime « A Dakar, fais comme les Dakarois », on est alors capable de pro ter des bons moments qu’offre ce pays : la mer, le soleil, le pays à visiter, les gens à découvrir.

Et alors, on sait se laisser aller sur la corniche dakaroise, cheveux au vents, juron à la bouche, sourire en coin, avec quelque part derrière la tête, ce doux espoir de changer les choses. 

 

 


Depuis la rédaction de cet article, un groupe Facebook de repats s'est créé à Dakar, si vous souhaitez les rencontrer :`

Les nouveaux blédards

 

 

 

Un peu de lecture :

 

http://www.rfi.fr/afrique/20160814-senegal-jeunes-migrants-insertion-travail-back-galsen

http://www.afrikmag.com/jeunes-diplomes-senegalais-de-letranger-lancent-appel/

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/10/12/au-senegal-le-retour-difficile-des-diplomes-de-l-etranger_4787702_3212.html

 

 



12/12/2019
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 1195 autres membres