Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Les yeux de Mélissa

Mardi 07 octobre 2008

Sur le chemin de l’école ce matin, à l’arrêt sur une grande artère, une vieille femme décharnée s’approche de nous tendant la main alternativement de notre fenêtre à sa bouche de manière très explicite et les yeux implorants (impossible de l’entendre ânonner car la vitre de la voiture est fermée pour plusieurs raisons : la fraîcheur du petit matin, la pollution et la mendicité !). Une réflexion inattendue fuse dans le véhicule calme : Mélissa m’informe, dans un langage clair ne présentant aucune confusion possible, que « la dame a faim ». « La pauvre dame, maman, c’est triste parce qu’elle veut manger maman ».

Je reste surprise par mon bébé de deux ans et demi : bien entendu, depuis un mois que nous résidons en Ethiopie elle a entendu les interrogations de Quentin et Coline à ce sujet. Mais ce matin, c’est elle qui a pris l’initiative d’en parler ; elle a été touchée par cette femme et a voulu attirer notre attention sur ce qu’on peut appeler ici un fait de société. En effet, à Addis Abeba, la pauvreté et la misère sont visibles partout. On ne les cache pas. Ils restent cependant discrets, moins pesants en tout cas qu’au Sénégal (par exemple). Dans les rues, de jeunes enfants accompagnant des vieillards, des aveugles ou des handicapés, ou des femmes portant leurs bébés nous accostent souvent. Régulièrement, on voit des personnes âgées isolées, sales et décharnées, dormir le long des trottoirs de la grande ville.

Nos enfants, du haut de leurs 7, 4 et 2 ans sont forcément interpelés par cette solitude et cette pauvreté ambiante présentes ici et mesurent assez justement d’ailleurs la chance qu’ils ont de ne pas les connaître.

Le ressenti de Mélissa reste cantonné à son petit environnement familial et scolaire. Sa perception de la situation est difficile à analyser, mais elle peut visiblement se comparer à cette dame ; elle est d’ailleurs à l’âge des réclamations et des comparaisons.

Coline, qui était jusque là plus sensible, reste cependant particulièrement neutre par rapport à cet environnement très différent de ceux qu’elle a connu.

Quentin, quant à lui, observe et analyse ces différentes situations mais reste lui aussi assez détaché. Il est à l’âge du « pas de chance », plus orienté vers l’écologie (autre fait de société !) que vers la misère sociale.

 



11/10/2008
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