Une vie en Afrique

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Le Ramses Wissa Wassef art center - Le Caire, Egypte

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C'est avec Caire accueil que je me suis rendue au centre Ramses Wissa Wassef. Un endroit où je ne serais peut-être pas allée seule, assez loin des quartiers résidentiels à la sortie du Caire, dans le quartier de Harania, près de Gizeh. Une des premières visites inscrites au calendrier de rentrée, et une belle découverte ! Du genre de celles où l'on arrive toute excitée d'avoir retrouvée de toutes nouvelles connaissances dans le bus, et où on laisse à l'entrée cet énervement propre aux premières rencontres parce que le lieu en impose et qu'on ne peut rien faire d'autre qu'écouter ! Il y a des endroits comme ça qui appellent au respect, au calme, presque au recueillement !

C'est Suzanne, la fille de Ramses, qui nous a reçus et guidés. Elle nous a expliqué quelle avait été la démarche de son père, l'objectif et le contexte dans lequel le centre d'art intervenait, et son développement actuel. Une belle histoire qui mérite d'être écoutée et suivie, de près ou de loin !

 


 « Human freedom never has as much meaning and value as when it allows the creative power of the child to come into action. All children are endowed with a creative power which includes an astonishing variety of potentialities. This power is necessary for the child to build up his own existence » - Ramses Wissa Wassef (1911-1974)

 

Ramses Wissa Wassef était architecte. Il utilisait les matériaux naturels tels que le sable et la terre, et l’aménagement et la construction du centre sont largement influencés par les techniques traditionnelles égyptiennes notamment en ce qui concerne voûtes (architecture nubienne) et coupoles (tradition copte).

Largement inspiré par les arts, il pensait que nous avons tous un talent créatif inné qui ne s’exprime que si nous ne sommes pas influencés par les idées extérieures. Soit dès le plus jeune âge. C’est en partie ainsi que naît cette expérience unique d'école de tapisserie. Ce qui était encore possible dans l’Egypte des années 50.

Toute la famille de Ramsès a été impliquée dans cette grande aventure dès 1952. Suzanne, sa fille aînée, a mis en place et suit toujours la deuxième génération d’artisans tapissiers, qu’elle a pris en main en 1972. Avec des enfants sans parents, sans éducation formelle, spontanés, qui vieillissent avec l’école.

 

« C’est une façon de vivre » - Suzanne Wissa Wassef

« Nous travaillons avec le groupe toute leur vie, on ne les juge pas. Quand un enfant essaie de travailler, s’il en assez il peut partir de lui même ; s’il aime ça, alors il a sa place ici. 

Notre philosophie c’est que tout le monde a quelque chose à dire. On est prêt à accepter et à recevoir, et plus on est attentif  à lui, plus un enfant va donner. Je considère d’ailleurs que s’il ne réussit pas c’est de ma faute, car alors je ne l’ai pas compris, je n’ai pas su comment lui faire voir cette énergie qu’il a en lui ».

Les enfants ont cette force d’essayer ; il y a des hauts et des bas bien sûr, cela se ressent sur leur travail.  Certains développent très vite la technique, d’autres vont plus lentement.

 

« Notre travail touche tout le monde car c’est humain, unique, et sincère. Ce n’est pas commercial ».

 

Technique de travail et mode de fonctionnement

Au début ce sont des lignes de couleur, des petites tapisseries. Les lissiers apprennent à tisser leurs idées, sans dessiner de patron. Ils choisissent les couleurs par rapport à leur thème, et la technique de tissage (de bas en haut, ou sur le côté). Chaque pièce est unique et  peut nécessiter jusqu’à un an de travail. Au fur et à mesure qu’ils affinent la technique et prennent de l’assurance, leur tapisserie évolue au fur et à mesure et les détails prennent de l’importance (jeu de ressemblances pour les filiations par exemple). On peut ressentir à travers leurs œuvres qu’ils aiment ce qu’ils font. Ils apprennent la technique au départ puis ils créent selon leur imagination.

On peut noter parfois l'évolution de leur savoir-faire au sein d'une même œuvre : une première partie sera plus plate, sur un niveau, alors que l’autre partie montrera plus de relief. De même dans les sujets qui évoluent souvent avec les humeurs des lissiers. 

La technique change souvent les idées de départ ; la tapisserie est un art vivant, l’idée peut changer en cours de tissage. 

Le centre soutient aussi les familles – « on est responsable d’eux, on a changé leurs vies ».

Il achète toutes les matières premières et organise les expositions etc. Les artistes participent à toutes les étapes de préparation, de l’achat de la laine (blanche, noire ou marron) à la teinture, à base de plantes. Au départ, "on prépare la laine avec de l’alun puis elle est bouillie pendant 1h avant d’être teinte, lavée et séchée".

 

Chaque artisan touche le tiers du prix de vente de ce qu’il produit – le paiement évolue avec la sincérité et la beauté de son œuvre. Certains veulent être payés toutes les semaines, d’autres ponctuellement pendant le travail de tissage ; mais généralement une fois la pièce terminée, on détermine le prix de vente et on paye directement le lissier parce qu’on ne veut pas qu'il pense d’une façon commerciale (et se pose notamment les questions des thèmes ou des couleurs qui plaisent le plus).

Les pièces sont des œuvres uniques. Les tapisseries sont vendues dans le monde entier (expositions en Europe, au Moyen-Orient, etc).

« Au départ mes parents ont mis leurs salaires dans le projet pendant plusieurs années », mais l’activité s’autofinance maintenant depuis 40 ans environ.

 

La galerie

Les tapisseries présentées sont celles de la deuxième génération avec qui le centre d’art travaille toujours. Les thèmes sont souvent des scènes de la vie quotidienne, du désert, également des thèmes biblique (quand ils étaient adolescents, les lissiers représentaient des scènes qui pouvaient être plus imaginaires). Les oeuvres sont généralement de grande taille, numérotées, fournies avec un certificat d'authentification agrafé derrière.

Chaque oeuvre exprime une réelle profondeur, de la perspective, une construction poétique et naïve, onirique.

L’évolution de chaque artiste, depuis son enfance, est aussi exposée dans une partie spéciale du Centre, sa mémoire, son histoire.

 

Le centre produit et vend également des batiks – dessins à la cire chaude, et de la céramique. Un espace est d’ailleurs réservé aux pièces réalisées par un petit groupe d’étudiants que le grand-père de Suzanne avec formés. Il voulait alors donner leur chance à des enfants de développer leur créativité grâce au modelage – il pensait que les enfants devaient avoir ce don ! Statues en pierre calcaire taillée, et statuettes en terre cuite représentent la vie paysanne et témoignent de plusieurs années de création.

 

Enfin la céramique était la passion de Ramsès. Suzanne perpétue la tradition et a repris le flambeau car c’est une activité qu’elle affectionne particulièrement.

 

« De nos jours il n’y a plus de jeunes enfants qui travaillent avec nous. Car la vie a beaucoup changé. Au départ, cette activité était pour des enfants privés d’éducation. 

De nos jours, il n’y a plus « d’enfants purs » c'est à dire qui n’aient pas été affectés par les idées des adultes. On est trop près du Caire, il y a la télévision, Facebook, les ordinateurs, etc. Les enfants sont imprégnés d’idées qui ne leur appartiennent pas. Et ils n’ont plus la même patience non plus.

Il n’y a pas de relève. On a construit toutes ces années une relation très particulière avec les artisans tapissiers. On ne peut pas reprendre avec un nouveau groupe. On ne peut pas faire ça deux fois dans sa vie, sinon on ne peut pas le faire bien ».

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Plus d'informations :

www.wissawassefartcenter.com 

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+20 1223121359

ouvert tous les jours de 10h à 17h

 



21/04/2020
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