Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

La bombe à eau

La bombe à eau ........

Toujours à vide, avec des coups de speed, pendant lesquels on a la tête tellement pleine d'obligations que l'on ne pense à rien d 'autre, et des temps moins remplis, à vide, pendant lesquels ça tourbillonne dans la tête, à défaut d'être surchargée d'activités.

A vide, avec toujours autant de difficultés à lier connaissance profondément ; pourtant, je suis loin d'être la seule à penser cela, de plus en plus de personnes se mettant en retrait pour se protéger de la superficialité des relations au sein des groupes de communautés. Un no man's land social, un désert affectif régit la vie à Addis Abeba. On est obligée d'y penser, de temps en temps, quand on a une envie particulière d'en parler, et que là, rien n'y personne, à part un thérapeute, ne pourrait se placer en face de vous pour vous libérer.

Peut-être que je pourrai compter les quelques amitiés liées ici sur les doigts d'une main , peut-être même pas.

Et pourtant, le blog fonctionne bien, et m'occupe énormément ; c'est comme un exutoire, une échappée, un putching-ball, une petite folie. On se déleste de quelques mots, de pensées noires ou de couleurs, d'idées en fusion. Comme sur un grand tableau noir (en fait un petit écran), on aligne les phrases, on nettoie, on corrige, on reprend, ça change tous les jours. On essaie de changer sa vie, de la voir de loin, comme dans un film, de l'analyser aussi objectivement que possible, mais c'est plutôt difficile de ne pas critiquer ! Certes, le renouvellement des pensées évite la pourriture, la moisissure des pensées, la stagnation des eaux. Troubles, les eaux, si possible. Comme une bombe, ma tête simule un projectile de pensées liquides, anarchiques ou composées, de pleurs, de fous rires, de pêle-mêles.

La bombe se remplit, comble les petits trous vides,  reprend notamment les cours de photo un peu délaissés après les dernières vacances, et trouve encore plus de temps à consacrer aux enfants. La bombe à eau noie le poisson dans l'eau. Pour ne pas penser, pour oublier qu'elle ne fait rien, pour libérer la frustration de deux années sociales passées à vide. Cependant, une bombe est toujours sur le point d'exploser, sur le fil, du rasoir, coupant, aérien, blessant. Quant on fait le bilan, on marque rarement des points.

L'analyse, de loin, des relations au sein des groupes, me conforte dans l'idée de m'en être éloignée. Même loin d'eux, je sais qu'on continue à parler. Jalousie, ennui, bêtise, je reste un Sujet. .... De curiosité aussi. Alors qu'on préfèrerait peut-être l'anonymat, on continue à vous pointer du doigt. En même temps, cette réalité frustrante montre la futilité de certaine, et m'encourage à croire qu'on a beau dire, je fais toujours des envieux. Si je devais y penser plus profondément, j'en plaindrais une, en particulier.

Heureusement, le travail du matin m'occupe également suffisamment pour ne pas me plaindre. C'était indispensable, je m'en rends bien compte.

Le vent s'est levé, la pluie s'est arrêtée maintenant, les coupures d'électricité s'intensifient par contre. Addis est en chantier, la misère remonte, et frappe.

 

13 mars 2010,

Nathalie GUIRONNET



14/03/2010
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