Une vie en Afrique

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Du fond du coeur, du bord des yeux - Le dernier au-revoir

L'adieu ...

Je ne savais pas si je pourrais pleurer. Il fallait s'y attendre pourtant, deux mois que ça traînait. On apprend la nouvelle, les yeux secs. Puis le râle remonte, la gorge se noue, ça fait mal, les yeux se mouillent. C'est très profond. La douleur est là, elle se manifeste, tellement présente. Les mots n'arrivent plus. On veut le silence, lourd, pesant, plombé, celui qui permet de penser, clairement, sans arrière-pensée, les mains tremblantes.

J'ai pleuré quelqu'un aujourd'hui. Je pleure toujours d'ailleurs.

Pour eux, elle était une mère, et une amante. Pour moi, une tante, et un pilier, solide, qui faisait le lien entre plusieurs familles.

Le pilier est tombé, vérolé, mangé par la maladie, pourri à sa base. Deux mois, du début à la fin, deux mois pour commencer un deuil, c'est court. Le jour où la mort est là, l'impuissance, la souffrance et la réalité nous rattrapent, à 7 heures d'avion de la métropole.  Ce n'est en tout cas plus qu'un corps qu'on incinère, sans cérémonie particulière.

Un deuil à distance, ça a quel couleur, quel goût ? On dit qu'on voit tout en noir. Je crois qu'il n'y a pas de couleur. Comme en fondu, le brouillard uniformise tout autour de nous. Un voile se pose sur mes yeux, dans ma tête, et alourdit mes pensées en reproches sourds.

On regrette, on s'interroge sur l'extrême rapidité de la déchéance, la précarité de la vie. Focus. On zoome sur nous, et on a peur. On regrette amèrement de ne pas avoir fait le déplacement avant, alors qu'elle encore vivante, même inconsciente et décharnée. Au dernier souffle, nous on était où, ce matin ?

Et puis on se dit qu'on va surmonter cette crise. On se reprend, on respire, on s'ausculte aussi, j'imagine.

De si loin, on ne voit pas, mais on pleure quand même.

J'ai pleuré une femme, une mère, une grand-mère, une soeur, une tante. Voilà tout ce qu'elle était pour notre famille. J'ai regretté 35 ans de présence furtive, d'été en été, et d'occasions rares et précieuses où on se retrouvait.

Morte. Le mot résonne, il sonne faux. Il est lâché, il faut juste l'attraper, l'accepter, le comprendre. Une part de soi fait comme si c'était faux, improbable, impossible. L'autre part le démultiplie, le ressasse, le martèle.

La vie est là pour certains, ou n'est plus, pour d'autres.

Que ce soit en France, à la Réunion, en Côte d'Ivoire ou en Ethiopie, aujourd'hui, une famille pleure.

Un dernier au-revoir, ces quelques lignes pour elle, une dernière fois.

Je suis en deuil, ce soir.

 

 

Nathalie G.

11/05/09

 



11/05/2009
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