Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Chronique

BLOG – 15 novembre 2007 - 15 décembre 2007

 

Chronique d'un départ raté, d'une installation mal ficelée, d'un travail peu abouti

 

26 août 2007 – Comme dans un entonnoir

Les alentours de Brazzaville la verte apparaissent, d'abord en petit, puis de plus en plus grands. Terreuse, sinueuse, d'un ocre relevé, façonnée par la nature, Brazza la silencieuse se révèle. Comme dans un entonnoir, de l'autre côté, la ville grossit, nous survolons le fleuve puis la piste. L'avion glisse et descend, atterrissage réussit.

 

Un sentiment réservé

Une semaine d'hôtel. Et déjà, j'écoute, je vois. Fabien se démène avec son travail et notre installation, moi je me vide, de mon énergie, de tout : c'est d'ailleurs l'occasion de rencontrer un médecin français, il m'expliquera tous les petits pièges à éviter ! En attendant, je me vide, cela durera un mois et demi. Un mois et demi d'adaptation, je suppose … Les enfants tournent dans leur chambre comme des fauves en cage. L'école commence la semaine prochaine. J'assure que cela ira, mais rien ne va. Je viens de découvrir les « fourous », ces petites bêtes locales suceuses de sang, qui ne me lâcheront jamais, c'est sûr. Allergique, notre arrivée aura été compliquée jusqu'au bout! Je viens ainsi de visiter notre maison de passage. Pour deux mois, à priori. Car ici je me méfie de l'Afrique qui dit oui pour un non, qui secoue la tête pour un oui, ou un non ! De celle qui dit « attend » ! Moi, je ne sais pas attendre. Moi je veux tout, maintenant. Alors je pleure cette semi-installation, un pied dans les cantines, un autre au sol. Comment s'adapter au pays quand on n'est pas chez soi, quand on n'a pas ses affaires, quand on a plus de repère ? Jamais accueil d'expatrié n'au été autant négligé …

 

Un nid pourri

Des chauffe-eaux qui coulent, des salles de bain et des chambres inondées, des bassines éparses ; une, deux, trois fourmilières, et des cafards, des petits, des grands, des noirs ou des marrons. Une poussière de murs qui tombe silencieusement, des nacos manquants, des moustiquaires déchirées, un frigidaire qui coule, en permanence à 12°. Normal.

Pas de courant : anormal dans ce pays de culture « électrogène ». Mais voilà, nous habitons une annexe d'hôtel de jour: panne de carburant, ou de batterie, ou du carburateur, et le « dépanneur » qui nous « zappe » complètement ! Monsieur « est au goudron », il boit un verre, et le soir, monsieur dort. Ces coupures intempestives sont sources de disputes. Entendre ses enfants hurler, le soir, dans le noir ; se laver à la bougie, au filet d'eau froide, le sur-presseur coupé ; partir sans déjeuner, car rien ne fonctionne. Des envies de fuir vous dîtes ? On accumule les ennuis, on cache la misère, on fait semblant de vouloir vivre dans ce mobilier jaune fluorescent frappe à l'œil ! On répare, on attend l'autre maison qui doit se libérer le 20 octobre, et on vit dehors, pour oublier …

Brazza, la sans-confort

Une ville nature, des rues larges élaguées, des bâtiments « courts sur pattes », dispersés ; une tour par-ci, par-là. Et de l'autre côté du fleuve, Kinshasa la grande, fourmillant. Des rizières le long du fleuve, des bâtiments coloniaux décrépis, quelques artisans le long des voies, des chambres soi-disant froides un peu partout. Brazza se remet à grande peine, difficilement, de la guerre civile du siècle dernier. Les commerces, moins florissants, plus petits, donnent moins à rêver. Le peu qu'on y trouve est clinquant, disharmonieux, provocant, de trop mauvaise ou de trop grande qualité. Pas de juste milieu. Tout transite par Pointe-Noire. Tout est plus long, tout est plus cher. Ici, on ne trouve que l'utile, l'accessoire est du superflu. Il faut trouver le savoir-faire, lui courir après est sans doute le terme qui lui convient le mieux. Le débusquer et l'attraper. Puis l'attendre, car tout a un prix : le temps. Celui que l'on passe à chercher, qu'on perd à négocier, qu'on rêve pendant plusieurs semaines ! Le temps s'est arrêté à l'heure tropicale. Des petits métiers aux grands entrepreneurs, le pays vit au ralenti. J'ai décidé d'occuper mon temps. Je travaille, depuis mon arrivée.

 

Une équipe de bras cassés

Des pieds nickelés et des bouches très musclées : sacré cocktail de refoulés ! J'occupais mon temps, depuis deux mois, à recevoir mes compatriotes dans un bureau de l'Ambassade de France, en remplacement d'une titulaire malade. Je le perds à nouveau, depuis peu, tout en travaillant. Même pour démissionner il faut du temps ! A leur décharge, j'y aurai quand même rencontré quelques personnes qui, je l'espère, ne m'oublieront pas trop vite ! Ce passage très bref au sein d'une équipe de bras cassés ne m'a pas laissée intacte, trop de laisser-aller, trop de sous-entendus, je suis devenue un poids lourd à déplacer, à replacer, ou mieux, à classer ! Jetée, après usage, sans entendement, sans explication, je préfère quitter le navire avant d'y être trop touchée. Finalement, je passerai un mois aux archives, entre papiers et poussière, poussière et papiers, cartons et … cartons !

 

Une semi-installation

Nous avons enfin emménagé, mais nous restons dans les travaux ! Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Couturier, plombier, menuisier, vitrier, peintres, désinsectiseur … nous vivons encore dans la poussière (décidemment, elle me traque !), et refaisons sans arrêt les mêmes tâches, du nettoyage ! Mais nous sommes chez nous …



06/03/2008
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