Une vie en Afrique

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Buildings et cimetières - Addis Abeba

D'en haut et d'en bas - Addis Abeba

L'ancienne et les nouvelles règles

 

 

Article en cours de construction

Créé le 07 juillet 2010

Mis à jour le : 29 juillet 2010

 

 

Reportage photos, photos à venir

 

 

J'ai lu récemment, dans un petit mensuel, un article sur un cimetière à Addis Abeba, et j'ai tout de suite été tentée de le visiter et d'en faire des photographies à rajouter aux quelques tombes éthiopiennes déjà dans mon book. En fait, en y réfléchissant bien, j'apprécie ces endroits tranquilles auxquels se prêtent tant d' histoires, celle des autres et celle du pays. Rien d'étonnant pour une ancienne étudiante en histoire de l'art, passionnée par l'archéologie, et les églises en général !

Du coup, j'ai même décidé de visiter plusieurs cimetières, par curiosité, et pour savoir comment cela se passait ici. Voici un petit tour d'Addis "en bas", au sol, et son histoire à travers ces lieux de mort, ses règles anciennes, et la conséquence contemporaine.

Puis, je tenterai de décrire "photographiquement" la classe moyenne à travers tôles et maisons bourgeoises, cafés et rues commerçantes.

Enfin, la "business class", celle des hommes d'affaires, des buildings, contemporains, au ciel, surplombant tout le reste de leurs allures élancée, et les vieux monuments restants de la ville.

 

Addis d'en haut et d'en bas, à travers le bâti, l'oubli et la modernité.

 

 Addis en bas

 

Ce matin (07/07/10), alors que je n'étais pas sortie pour ça, je me suis retrouvée à parcourir un des plus grands cimetières éthiopiens de la capitale, celui de YOSSEF, près de Confusion Square, vers Gotera. Celui-ci est entièrement dédié aux 'habesha', les locaux en amharique, et les plus anciennes tombes ne remontent qu'aux années 50-60, plus ou moins.

Et là, contrairement à tout ce qu'on peut croire, confrontée à mes préjugés d'européenne non pratiquante mais plus ou moins orientée dans ma conception traditionnelle du cimetière, je suis tombée de prime abord sur un groupe de jeunes gens jouant aux cartes sous un mausolée dédicacé à un célèbre homme de la télévision éthiopienne, bien à l'abri du soleil ; mais aussi sur un mendiant, assis au bord de la piste, entre deux parcelles, attendant qu'un passant lui fasse l'aûmone, et sur d'autres hommes plutôt désoeuvrés du genre qui s'occupent de ce qui ne les regarde pas !

De part et d'autre de la piste, des parcelles peu entretenues, envahies d'herbes sauvages et de fleurs, poussent dans l'anarchie la plus totale, disposées tant bien que mal au gré des places et du temps. Ici, peu de tombes anciennes, et l'on m'en explique la raison : en fait, pour faire pratique, et par manque de place, les tombes sont régulièrement ouvertes et détuites, les ossements mis dans des sacs avant d'être à nouveau enterrés, et remplacés. Du coup, et malheureusement, c'est tout un pan d'histoire qui disparaît, et de mémoire. Quelques caveaux familiaux, magnifiquement décorés, ou plus sobres, côtoient des pierres au sol, toutes simples, sur lesquelles tout le monde peut circuler, comme sur un banal chemin. Quelques stèles rappellent à la mémoire un accident, un attentat ou une révolution, une mort soudaine. Et partout, des photos, anciennes, jaunies, cassées, permettent de poser un visage sur le nom. Une date, aussi, parfois illisible, situe le mort dans le temps.

Enfin, moins glorieux, cet espace est complètement désacralisé par des déjections humaines, car pas entretenu, et témoigne malheureusement de la précarité de l'habitat et de l'accès au confort éthiopiens.

Entre gadoue et autres pâtes molles, mieux vaut envisager de visiter les cimetières éthiopiens avec des bottes !

 

Le deuxième cimetière visité est celui dont l'article parlait, le INTERNATIONAL CATHOLIC CEMETERY. Il se trouve sur Gullele, l'ancienne route d'Ambo, bien après Piassa. Point de repère : il est en face du GENERAL WINGATE COLLEGE.

Ce cimetière est une poésie, mémoire vivante de l'histoire d'Addis Abeba et de l'Ethiopie, preuve de sa mixité et d'un passé particulièrement riche et cosmopolite. Cet espace, dédié aux communautés catholiques,  abrite, entre autres, une église, des cimetières militaires italien, français et britanique, un cimetière arménien (le plus ancien), un mausolée, des fosses communes, des tombes publiques de toutes nationalités.

Entre mousse, lichens et menthe fraîche, sur les hauteurs de la capitale éthiopienne, des rangées de tombes s'alignent proprement, bien espacées, bien rangées par années et par catégories. Au sol, pierres gravées, stèles et caveaux racontent l'Ethiopie à travers tous ses morts.

Un livre raconte cette histoire, "One week in Ethiopia, Forever with God", écrit par Rudolph AGSTNER'S, ancien ambassadeur d'Autriche en Ethiopie à la recherche des criminels alemands et autrichiens de la seconde guerre mondiale installés en Ethiopie après la guerre.

De tombes en tombes, il s'est intéressé à l'histoire des morts, à leur passé surtout, et révèle ainsi des pépites étonnantes mais éphémères, car ici aussi, pour assurer de la place aux prochains arrivants, les anciennes tombes ont déjà été détruites et remplacées, même depuis l'article.

Epitaphes arméniennes ("seamstress, treasurer of the imperial palace, baker, caravan leader, pointer and pianist, accountant, shoemaker ...) révélant la cause de la mort, noms mystérieux aux consonnances russes, comtes et autres sangs blancs anonymes ayant laissé leur nom au sol éthiopien, communautés grecque et italienne également, et quelques tombes françaises éparses, une partie éthiopienne plutôt récente, et encore à part les religieux, de toutes nationalités, hommes et femmes, morts ici. Une vie, une pierre, des inscriptions et des noms, comme une musique douce à travers la pluie et le bruissement des arbres, un lieu étonnament préservé et propre, riche et fertile. Nous ne saurons jamais qui ils étaient tous, certains oui. L'écrivain, au cours de ses recherches, révèle certaines identités inconnues et qui ont pourtant apporté leur grain de sel dans cette histoire.

Bien à part, le cimetière militaire italien, aux pierres droites et sobres, touche un pan d'histoire taboue. Plus loin, toujours à part, le cimetière militaire français et britanique, toujours aussi simple, tombes éparses disposées à travers un terrain long, verdoyant, fleuri, surmontant la ville. Medleys de corps et d'histoires, qui demande qu'on prenne le temps de circuler et de lire, d'écouter le guide qui nous raconte la vie et la mort.

"Born in Ethiopia, Lived for Ethiopia, Died for Ethiopia".

 

 L'accès aux cimetières n'est pas toujours facile à Addis, l'entrée payante réservée aux farengis peut en démotiver plus d'un. Personnellement, je trouve ça dommage et j'ai tendance à fuir pour ne pas parlementer.

 

Visiter les quartiers anciens et marcher à Addis Abeba relève parfois du marathon, entre voitures roulant trop vite, rues certainement trop étroites, pavages de toutes hauteurs et dangereux, saletés éparses et pollution ambiante, passants curieux mais discrets et inquiets. 

Les rues plus modernes, autour du centre-ville, sont généralement propres et plus larges, les commerçants plus agréables et accueillants, mais malheureusement l'attrait des ces rues-là est moindre. J'aime rentrer dans les quartiers populaires, m'inviter au hasard des ruelles dans les échoppes pauvres et les cafés traditionnels. L'accès à ces coins-ci est difficile, l'arrivée d'un "farengi" ne facilitant pas toujours la conversation. L'accès au Mercato devrait être plus fructeux, mais attention aux voleurs à la tire.

 

Le troisième cimetière sur lequel je suis tombée par hasard se trouve à Entoto, route du Godja, derrière l'église St Raguel. Beaucoup moins d'organisation, les tombes sont éparses sous les eucalyptus, au milieu des herbes folles, dans un endroit si paisible qu'il donne envie de s'y arrêter et de se reposer ! Ce que je n'avais pas encore vu : un mausolée en torchis.

 

 

(à suivre)

 



07/07/2010
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