Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Une pénurie passée présente

Depuis deux semaines nous vivions une situation grotesque, absurde ; deux mots revenaient en permanence dans toutes les conversations : eau et électricité.

Les visiteurs arrivant à Dakar, s’il y en avait encore, auront certainement vu les files d’attente au pied des camions citernes, ou les sapeurs pompiers délivrant de l’eau dans les quartiers. Ailleurs, des charrettes tirant des bidons d’eau pleins ou vides, des femmes avec sur leur tête des bassines remplies d’eau ou non, à la recherche du « précieux liquide » dans la capitale sénégalaise, alors que la distribution d’eau était disparate, lente, inadaptée à la demande.

Si les discours sans fondements, les fausses promesses et les langues de bois avaient cessé, c’est sans doute parce que plus personne ne se faisait d’illusion : la situation était grave, inédite, et l’on réclamait enfin l’aide internationale. Après plusieurs jours où l’on nous laissait croire que l’eau arrivait et qu’il fallait lui laisser du temps ( !), on préférait ne plus rien dire et l’on nous conseillait d’attendre, alors que des informations parallèles informaient de nouvelles casses de part et d’autre du tuyau qui avait cédé en premier.

A ce sujet, les ambassades communiquaient enfin sur le problème mais pour ne rien dire, avec notamment des sms de 1h du matin annonçant des tuyaux vides.

Un numéro vert est mis à votre disposition au sein de l’ambassade de France au Sénégal afin de répondre à vos éventuelles questions : 33 839 51 22

Pour connaître l’évolution de la situation, nous vous invitons à consulter notre site Internet http://www.ambafrance-sn.org/Penurie-d-eau-a-Dakar, mis à jour quotidiennement.

 

Et voilà, on théorisait, chacun y allant de ce qu’il avait entendu, le téléphone arabe nous informant que l’eau pouvait revenir d’ici peu, ou alors dans quelques semaines, au mieux. Mais les citernes restant vides, les quartiers faisaient la queue aux camions de ravitaillement, et les expatriés  nettoyaient et se lavaient avec des bidons de 10l d’eau potable, ou récupérée au robinet dans d’autres quartiers encore desservis.

Les rumeurs s’amplifiant, de part et d’autre on a observé des manifestations d’énervement, mais dans l’ensemble les sénégalais sont restés égaux à eux-mêmes, attentistes et fatalistes. Si on demandait à un chauffeur de taxi ce qu’il pensait de cette coupure et si la radio avait annoncé une bonne nouvelle, il répondait qu’il n’écoutait plus car de toutes les façons, « on nous ment ». Et voilà, ça résume bien la situation, l’eau n’était plus là, ‘plongeant’ Dakar dans une pénurie d’eau invraisemblable, alors que paradoxalement la population souffre toujours des inondations quand la pluie tombe et se réveille les pieds dans l’eau. Sinistrée jusqu’au bout, routes et maisons inondées plongées dans des eaux boueuses sales alors que les porteurs d’eau parcouraient la ville avec leur charrette pour vendre. Certains ont cependant su profiter de la situation en se lavant sous la pluie, et en remplissant le plus de bassines possible ! Et d'autres n’hésitaient pas à utiliser l'eau boueuse, voire l'eau des égouts, pour faire on ne sait quoi avec, on se prend à espérer qu’elle n’était pas utilisée pour l’alimentaire …

Dans les voitures, des bouteilles vides ou des packs tout juste achetés, dans les mains des récipients vides partout, et des gens circulant avec dans leurs sacs des affaires de toilettes pour se laver là où se trouvait l’eau, au lycée, ou chez les amis.

Si les prix n’ont pas bougé dans les supermarchés, on a entendu parler d’augmentations notamment dans les ‘points de vente sauvages’ où certains n’hésitaient pas à aligner les bidons d’eau.  Eau potable ou produit de luxe puisque les producteurs locaux ne parvenaient pas à suivre la demande et que les supermarchés (dont les commandes n’étaient  honorées que de moitié) étaient en pénurie quelques heures à peine après avoir été livrés, obligeant une enseigne à limiter le nombre de bidons vendus à 5 par personne. Car, certains ne pouvant faire autrement, utilisaient même l’eau potable pour se laver.

On nous a dit de nous méfier, de faire attention : si certains restaurants ont fermé leurs portes, d’autres préfèrent utiliser l’eau de mer pour la vaisselle (avec tous les risques sanitaires que cela comporte – et la cuisine ?) ; les hôtels qui ne pouvaient plus se ravitailler ont eux aussi cessé leur activité, la situation économique était catastrophique. L’Etat s’est engagé à payer les factures d’eau, mais lesquelles au juste puisque nous n’avions pas d’eau ? Les grands complexes comme le King Fadh ont vidé leurs piscines pour alimenter les chasses d’eau des chambres, au détriment et à la stupéfaction des touristes bien naïfs qui pensaient pouvoir passer du bon temps au soleil. Maintenant qu’on abordait le problème sanitaire et les risques d’épidémies et de contamination liés à l’utilisation d’eau insalubre, on ne trouvait plus de cachets désinfectants dans les pharmacies, alors que les mesures d’hygiène élémentaires étaient de mises, et en premier lieu : éviter de boire de l’eau si l’on doutait de sa provenance, d’utiliser des glaçons, de manger à l’extérieur tout simplement.

Pendant ces deux semaines, on a appris certaines astuces pour utiliser au mieux le peu d’eau qu’on récupère, et notamment qu’il vaut mieux utiliser du savon que du gel douche (moins compliqué à rincer), remplir les chasses d’eau plutôt que de vider un bidon de 10l à chaque fois qu’on tire, troquer la vaisselle habituelle contre ustensiles jetables en carton et plastique, recycler l’eau de la condensation des climatiseurs (attention elle n’est pas potable. Non seulement elle ne contient aucun minéraux mais en plus elle peut contenir des champignons résistants à la javel) ou de la douche pour la vider dans les chasses d’eau. En ville, en bord de mer, on commençait même à creuser des puits mais l’eau est saumâtre et utilisable uniquement pour le nettoyage, bref autant de petites façons pour économiser les gouttes d’eau.

http://observers.france24.com/fr/content/20130926-senegal-penurie-eau-dakar-yoff-puits-plage

Les enfants trépignaient car de toutes les façons ils n’aiment pas se laver, mais à la casserole c’était pire que tout, l’eau était froide en plus ; et là je suppose qu’on s’est tous posé la même question : eau ou électricité ?

Les privilégiés ont heureusement ouvert leurs portes le temps du partage d’une machine à laver ou d’une bonne douche, parce que ce n’est pas du luxe de se laver, et que ça changeait de l’eau froide et jaunâtre récupérée à la casserole.

Comme nous n’avions plus « d’eau à la bouche », malgré une forte chaleur exténuante (dite ici chaleur du mil), point de répit, surtout on nous a dit de ne pas s’apitoyer sur notre sort dans la mesure où l’on nous délestait aussi en électricité, une partie de la centrale ne pouvant être refroidie faute d’eau. Mais ça n’est pas nouveau, ces coupures de l’hivernage, le Sénégal ne parvient de toutes les façons pas à fournir en électricité tous les foyers et bureaux demandeurs. Il n’y avait rien d’autre à faire que de subir donc, et on se sentait un peu seul dans ces moments là, sans eau, sans électricité : une rentrée bien compliquée et des mois aussi difficiles à venir.

Le moindre souci qui s’ajoutait à cette liste de doléances rajoutait à cette impression de solitude malgré que nous soyions tous dans cette énorme pagaille commune et embarqués sur le même radeau. Il aurait fallu investir dans des pompes et de grosses cuves d’eau. Les journées étaient rythmées par la recherche et le ravitaillement en eau. KIRENE a d’ailleurs organisé des distributions gratuites dans les quartiers soit environ 100 à 150 000 litres par jour.

 


 

L’eau est revenue en début de soirée après deux semaines d’interruption. Mais pour deux heures seulement. Avant de revenir. En alternance semble t-il avec les quartiers qui avaient de l’eau.  D’après le dernier communiqué de l’Ambassade de France, des travaux provisoires vont permettre de remettre l’eau mais il faudra consolider ces réparations et installer du matériel neuf d’ici la mi-octobre :

https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=526266234131863&id=379882205436934

Trois inconnues s’ajoutent à l’incertitude des prochains jours : les écoles sénégalaises ouvriront-telles leurs portes si elles n’ont pas d’eau, et comment se déroulera la Tabaski et le nettoyage des déchets de viande jetés dans les rues ? Les plages seront-elles utilisées comme lieu de découpe ? Enfin, un journal annonçait samedi dernier une pénurie de pain sous quelques jours, ce qui pourrait bien être la goutte d’eau qui fera déborder le vase !

 

Pour finir, voici un petit texte pris chez une amie qui résume bien l’ambiance actuelle à Dakar :

"Ouvrez les cages, Lâchez les fauves, Libérez vos instincts... Car c'est le ZOO !
La Ville est un Zoo, La Vie est un Zoo, Ma vie est un Zoo....
La ville prend des allures de réserve Naturelle et les instincts s'éveillent !

Partout, ça sent le fauve...

La Ville est un Zoo…

La Vie est un Zoo...

Ma vie est un Zoo… O-O-O-O !". Marielle

 

Application Facebook pour trouver de l’eau à Dakar :

 https://apps.facebook.com/seaulidaire/

 


 

 

Numéro dédié de l’Ambassade : 33 839 5122. 4 opérateurs répondent à vos questions de 7h à 23h.

 

Mardi 1er Octobre à 18h00 :

 

1- Remise en route de la station de pompage de Keur Momar Sarr

 

Trois des quatre pompes de la station de Keur Momar Sarr ont été remises en route dans la nuit du lundi au mardi. Un retour progressif de l’eau dans le réseau de distribution de Dakar est attendu à compter de  la nuit du 1er au 2 octobre .

 

Une solution plus pérenne du dysfonctionnement intervenu ces deniers jours nécessitera l’installation d’un nouveau matériel, qui devrait être réalisée à la mi-octobre. Des informations relatives à cette intervention vous seront communiquées ultérieurement.

 

2 – Consommation d’eau

 

Il convient de veiller scrupuleusement à la qualité de l’eau que vous consommez ainsi qu’aux eaux de lavage des aliments crus, glaces et glaçons. Il est préconisé de :

 

  • consommer de l’eau minérale en bouteille capsulée ; de l’eau bouillie (au moins 15 mn) ; de l’eau filtrée ; de l’eau traitée (au choix, selon les besoins : Aquatabs (1 comprimé/litre, attendre 30 mn avant de consommer l’eau) ; Hydroclonazone (1 cp/l, attendre 60 mn avant de consommer l’eau) ; Micropur forte (1 cp/l, attendre 30 mn avant de consommer l’eau ; eau de javel à 12° Chl (3 gouttes/litre, attendre 60 mn avant de consommer l’eau).
  • ne pas consommer d’eau que vous pourriez acquérir en dehors des circuits habituels.
  • limiter l’eau douteuse aux applications ménagères
  • se laver les mains avec des solutions hydroalcooliques si vous manquez d’eau. Ce produit est disponible dans les circuits commerciaux habituels (grande surface et pharmacie). Les principaux risques sanitaires à court terme liés à l’eau sont généralement d’ordre infectieux. Ils proviennent de la présence de micro-organismes. Les effets sont généralement bénins (troubles digestifs, mycoses) mais peuvent s’avérer plus importants (hépatites, leptospirose, typhoïde, choléra, légionellose…). En cas de doute, consulter immédiatement votre médecin.

 

3-  Situation dans les hôpitaux

 

Les établissements hospitaliers et les cliniques fonctionnent normalement. Nous vous invitons à consulter notre site internet concernant les précautions sanitaires (site Internet : http://www.ambafrance-sn.org/Penurie-d-eau-a-Dakar,1625).

 

 

 


02/10/13

L'eau est revenue les amis, mais pas encore pour tout le monde semble t-il, c'est je l'espère en bonne voie. D'après la presse internet, la SDE aurait procédé à un sacrifice, note pour plus tard !

http://www.seneweb.com/news/Societe/reparation-du-tuyau-de-la-sde-trois-vaches-egorgees-sur-le-site-dans-la-nuit-du-samedi_n_107220.html

Par contre, on constate toujours des augmentations de prix indécentes sur l'eau dans les quartiers, notamment le petit sachet d'eau de 25 cfa est passé à 100 cfa ! Comment peut-on ainsi profiter de la détresse des autres ? Kirène se défend de pratiquer les mêmes prix et communique ses tarifs officiels, pourtant quand on demande aux revendeurs ils nous disent acheter l'eau plus chère, et donc au bout du bout le consommateur en pâtit. Il fallait le dire, c'est une situation anormale, mal gérée par l'Etat sénégalais.

 

 

Nathalie GUIRONNET



01/10/2013
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