Une vie en Afrique

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Une journée comme une autre (What to do list )

 

Une journée comme une autre .....

 

Créé le 29/08/2010

 

Dès le lever, je cours. Jusqu'au coucher, je cours. Je vis pour les enfants, pour moi-même, pour mon mari, pour tout le reste, et je travaille, en plus. Je ne sais plus faire autrement, et même pour partir en vacances, je cours ! Juste un petit exemple d'une journée de vacances classique, histoire de .....

 

Je me lève vers 8h. Je suis en vacances mais je ne vois pas le temps passer. Je vais dans la cuisine où je nettoie la cafetière, j'éteins le micro-ondes, je sors la tortue après avoir nettoyé l’eau dans sa bassine, jeté et changé ses feuilles de salade. Puis je sors la poubelle, j’éteins les lumières extérieures.

Je fais ma toilette après avoir mis mon thé à infuser dans j’eau que j’ai chauffé puis je m’habille et je bois ce thé encore très chaud en pensant à tout ce que je dois faire aujourd’hui. J’ouvre grand les fenêtres de la maison et je dis bonjour et donne la clef de la voiture au chauffeur pour qu’il la nettoie. A 9h30, le salon de massage appelle pour me dire que j’ai une demi-heure de retard, en fait je ne suis même pas partie car à priori mon rendez-vous c’est demain ! Sauf que TJ[1] ne travaille pas le jeudi, du coup c’est embêtant et l’on reporte à vendredi même heure. Je note dans l’agenda.

A 9h45 je demande au chauffeur de charger les poubelles dans la voiture après que la « mamité[2] » ait nettoyé la cage du lapin. Ah oui, il faut aussi changer la paille de la tortue. Là, la gouvernante fait la traduction puis m’informe qu’une latte de la porte d’une « service room » est cassée. Tout en discutant, Le chauffeur nettoie le bol du lapin puis le remplit avant de partir à la décharge. Avec la gouvernante, je fais le tour de la « laundry » et je donne mes consignes de grand nettoyage (prévu le lendemain). Puis le chauffeur revient et je lui demande de plastifier l’emplacement béant laissé par la latte cassée de la service room, ce qu’il fait avec l’aide de la gouvernante. Tout en lui demandant de traduire mes instructions à la mamité pour nettoyer de fond en comble la chambre des filles, je discute du repas avec elle. J’envoie le chauffeur payer la facture de téléphone en avance, en espérant ne pas être coupée quand nous rentrerons de vacances. Puis je repasse en cuisine et affine la recette pour le déjeuner.

J’envoie trois sms pour le dîner prévu ce soir au restaurant, je reçois deux réponses alors que je rappelle à mon mari qu’il doit trouver un gardien pour demain soir. Puis je vais contrôler et aider la mamité qui semble avoir compris aussi bien qu’hier les instructions que j’ai données : finalement, elle explique qu’elle préfère finir de nettoyer la maison et qu’elle finira par la chambre des filles, ce à quoi je réplique que de toutes les façons, elle ne partira pas sans avoir terminé mais que ce n’est pas grave puisqu’à partir de demain soir elle est en vacances ! Du coup je vais sur la terrasse feuilleter un catalogue de vente par correspondance, tout en pensant aux enfants, à la rentrée prochaine, à la dernière semaine de vacances qui commence demain. Tout en écoutant les bruits alentours, les travaux sur le toit de la maison en face. Aux aguets, en attendant un gardien (qui ne viendra pas) et en pensant à notre gardien actuel et aux problèmes qu’il nous cause en ce moment. Tout en respirant les bonnes odeurs provenant de la cuisine.

Le chauffeur revient, sans avoir payé, la facturation ne commence que demain. Alors je lui propose de partir déjeuner et de revenir vers 14h. Comme mon mari est toujours en retard à midi, je rejoins la mamité qui s’active enfin dans la chambre :

-          Je lui montre ce que je veux, du coup elle recommence tout ;

-          J’abats le travail de deux mamités en deux fois plus de temps ;

-          Je constate que maintenant qu’elle a nettoyé la salle-de-bain, elle rince son éponge sous la chasse d’eau de la cuvette des wc qu’elle tire, pour ne pas resalir le lavabo ! D’où explication-traduction avec la gouvernante.

J’en profite pour désinstaller les deux rideaux de baignoire et pour les mettre à laver (je préfère contrôler moi-même le programme et la température). Quand mon mari arrive, la gouvernante nettoie les jouets à la javel tout en contrôlant la cuisson, la mamité vide et récure les placards de la chambre pendant que je dépoussière le panier des poupées !

Et là, attention, repas : mon mari téléphone d’abord (il réserve la voiture de location pour le voyage à Mayotte) pendant que je nous sers. A table, la discussion tourne autour des enfants qui nous manquent, de notre petite fille qui nage toute seule (email de ma mère à mon mari et des e-billets qu’il lui a envoyé), de ce qu’on apporte à nos amis (fraises, artichauts ou gâteaux ?), de l’agence de location de voiture à Mayotte, de ce qu’il nous reste à faire, d’un gardien qui ne vient toujours pas, de la personne qu’on cherche à joindre au téléphone et qui doit s’occuper de nous trouver un gardien et qui ne répond pas ! La tension est palpable, le stress monte. Je rappelle à mon mari l’heure du rendez-vous de ce soir et comme il est pressé il repart vite. Moi je retourne voir la mamité et je termine le nettoyage de la chambre. Je veux que ce soit terminé aujourd’hui. La gouvernante m’informe que le chauffeur est revenu. Le temps se gâte mais je finis l’inspection de la maison puis je prends mon sac et je sors pour faire des photos. Mais il fait de plus en plus gris et je ne suis pas d’humeur. Avec cette saison des pluies, s’il ne pleut pas tous les jours il fait cependant gris. Donc pas de contre-jour alors que c’est le thème que je dois travailler pour mon cours de CAP. J’abandonne, et je lis. Je fais ça tout le temps, ça permet de faire passer les trajets plus vite ! Mais j’ai toujours un peu de mal à me concentrer quand je suis furieuse, ça aussi ça ne change pas ! Je rentre sous un ciel de plomb. En rouspétant encore, je libère le chauffeur et je tente vainement de joindre notre intermédiaire pour le gardien (première fois cet après-midi).

Dans la maison, je prépare l’ordinateur et l’allume, installe le câble téléphonique, prépare mes notes, range mon sac, branche le disque dur externe et la télévision, et après deux minutes de tergiversations, je me décide pour un film que j’ai déjà vu mais que j’aime bien et que je n’ai pas besoin de regarder, juste d’écouter : le satellite est encore brouillé par les orages dans la zone éthiopienne. Je retente un appel (deuxième essai) tout en essayant de me connecter et après quelques parties de spider solitaire j’y parviens enfin. L’ambassade de France appelle pour me proposer de passer demain pour refaire mon passeport, la machine qui ne fonctionnait plus depuis quelques semaines peut maintenant être réutilisée, mais je ne peux pas venir, désolée, à cause de mon rendez-vous décalé chez la masseuse (ça je ne le dis pas). Je propose de passer avant 08h30 mais elle ne préfère pas et l’on en reste sur un rendez-vous en septembre. Je retente un appel (troisième essai). Je travaille pendant 2 heures sur mon courrier électronique, mon blog, une commande de vêtements pour les enfants. Un sms pour Fabien, un appel de Fabien, puis le gardien tape à la porte. Il est à l’heure aujourd’hui, il me le fait savoir, je lui demande de s’occuper des bords extérieur de la maison. Je vérifie que tout est en ordre dans la maison, je ferme les portes à clef et allume les lumières du jardin, rappelle le gardien pour lui dire que ce qu’il fait n’est pas ce que je lui demandé de faire. J’ai froid, je vais vite me changer. Je retente un appel (quatrième essai). Nous sommes encore en retard, et toujours pas de gardien de remplacement. Quand Fabien rentre, la colère éclate car j’aurais très bien pu m’occuper de trouver un gardien cette semaine s’il me l’avait demandé, mais non, il a préféré gérer tout seul. Son collègue appelle, il veut savoir si nous passons le prendre, il a du sentir le froid. Je sors et j’attends dehors que Fabien ait fini de se préparer. J’envoie un sms à cet intermédiaire qui ne répond jamais. Quand nous quittons la maison, il est 20h, heure prévue du rendez-vous, et il reste 20 min. de trajet après avoir récupéré le collègue de mon mari. Evidemment, nos amis sont déjà là, en grande discussion avec la gérante du restaurant. Heureusement, ils rentrent de vacances, et de toutes les façons ils savent que nous ne serons jamais à l’heure ; ce sont des amis sûrs et j’annonce la couleur en arrivant, je suis énervée. Ils allègent vite l’ambiance, la conversation tournera autour des animistes, des mariages mixtes trop rapides, de pays étrangers … autour d’un bon repas africain, la gérante nous ayant rejoint par ailleurs. On nous demande des nouvelles des autres, ceux qui sont partis en France pour l’été, mais rien à signaler : de toutes les façons, ce n’est pas nous qu’on va contacter ! Sur de belles promesses, nous nous quittons affectueusement vers 22h30, ramenons vite le collègue, rentrons vite nous coucher, sans pour autant avoir résolu le problème du gardien, et la tête pleine de questions et de choses à faire pour le lendemain, malgré le pense-bête précautionneusement rempli et posé en évidence.

 

Des listes, je passe mon temps à faire des listes, et pas que pour moi : pour ma mère (ce que les enfants doivent rapporter), pour mon mari (ce que je ne peux pas gérer),  pour la gouvernante (ce qu'il faut faire à la maison). Pour aujourd'hui, pour demain, pour l'année prochaine !

Ma journée est un brouillon, et au fil des minutes et des pensées, en ébullition permanente, en écriture et en questions, intense remaniement constant.

C’est ainsi tout le temps, même quand je m’arrête pour lire ou regarder la télévision je suis interpellée par des mots ou des expressions et je digresse instantanément et automatiquement. Toute la journée, je réfléchis à mon CAP, à mon blog, à la grosse conne, aux enfants, à notre prochain départ, et à de nombreux autres sujets, ce n’est pas ce qui manque.

Et quand je travaille, je fonctionne sur post-it : il est certain que je ne participe pas à économiser l'énergie mondiale, j'en dépense de l'énergie, j'en transpire, j'en jette tellement déjà par moi-même !

 

Alors, fraises, artichauts, ou gâteaux ?



[1] La masseuse qui s’occupe habituellement de moi

[2] Femme de ménage. La nôtre ne parle pas anglais.



29/08/2010
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