Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Un électricien … sans frontières !

 

J’ai rencontré Guy à l’issue de son passage au Sénégal, chez des amis. Il a joué le jeu et accepté de m’expliquer le projet sur lequel il était venu travailler.

Guy est retraité. Il vient de passer plus de deux semaines avec ses collègues au nord du Sénégal pour faire signer aux représentants locaux une convention de réparation et d’entretien des infrastructures mises en place par l’ONG Electriciens sans frontières entre 2007 et 2012 pour un coût de 600 000 euros dans cette partie du pays. Guy est motivé, bien que fataliste, car le constat est amer après la mission d’audit technique dirigée récemment sur ce projet : seuls 50% des kits solaires photovoltaïques sont toujours en état de marche, faute d’entretien, d’organisation et de changement des batteries (il faut compter entre 50 000 et 80 000 cfa une batterie de qualité moyenne), voir … des ampoules !

Le projet, qui consiste à électrifier le long du fleuve au nord Sénégal, 178 écoles (=1 batterie/école), cases (1er soins et accouchements dispensés par un agent sanitaire) et postes de santé (=2 batteries par poste) -(regroupe plusieurs cases de santé avec un infirmer et les médecins y passent régulièrement), a été mis en place dans le cadre de « Lumière par l’école ». A peine les travaux terminés, il faudra donc remettre à niveau les installations qui le nécessitent pour permettre aux enfants de travailler le soir et au personnel soignant de soigner autrement qu’à la lampe torche.

Guy est fâché car le système avait pourtant prévu la mise en place de prises de courant permettant de recharger les portables dans les écoles et postes de santé contre une cotisation minime, mais qui aurait permis de payer l’entretien et l’achat de nouvelles batteries. D’ailleurs, l’autre moitié des installations fonctionne car les instituteurs et les soignants sont rigoureux et tiennent bien leurs comptes, permettant ainsi d’entretenir les équipements.

Le travail de Guy comporte plusieurs volets.

Dans un premier temps, il est venu apporter un plan d’action de pérennisation de ces installations et proposer aux collectivités rurales (regroupant une trentaine de villages environ, collectivités qui deviendront prochainement des communes) de rénover ces installations à condition qu’elles s’engagent à payer 20% du prix du matériel à racheter. Les réunions prévues à Richard Toll et Podor ont rassemblés les représentants des communautés, les inspecteurs de l’enseignement et de la formation, les médecins chefs de service des districts sanitaires concernés, le préfet et le sous-préfet. Si la plupart des acteurs étaient présents et motivés (par un défraiement pour le transport), Guy déplore néanmoins d’avoir du aussi payer le déplacement des officiels qui venaient piloter la réunion et dont certains ne sont intervenus que brièvement et partis très rapidement. Néanmoins, la convention type qui avait été préalablement transmise, a été projetée et modifiée pendant cette réunion, permettant ainsi d’obtenir l’agrément de tous.

Dans l’attente des signatures, un Comité de suivi a également été organisé par les inspecteurs scolaires et les médecins afin de responsabiliser les instituteurs et infirmiers quant à l’entretien et au paiement des recharges des batteries téléphoniques. Quand les papiers auront été signés, les travaux démarreront, l’ONG apportant 100% du matériel (et faisant l’avance des 20% payés par les communes).

Dans un deuxième temps, Guy a identifié les Centres départementaux de formation professionnelle à Podor et Richard Toll aptes à proposer du personnel qualifié : pour cela, l’association Electriciens sans frontières a créé une filière photovoltaïque avec un module de formation et formé pendant une journée les 8 professeurs d’électricité (niveau BTS ou DUT) des deux villes (soit 16 enseignants au total) afin qu’ils puissent effectuer les travaux d’entretien et de changement du matériel et l’enseigner. Bien dotés, ces centres regroupent cependant peu d’élèves, et Guy a été confronté à un mauvais état d’esprit ambiant où les enseignants voyaient la formation comme un du, et où rien n’était fait pour faciliter le travail de Guy et de ses collègues.

A l’issue de cette formation, une convention tarifaire a été mise en place (soit 15 000 cfa/an pour l’entretien 1 fois/an, ou 30 000 cfa/an en cas de changement de matériel).

 

Au final, un autre audit est prévu à la fin des travaux ; il verra le transfert de propriété des installations de l’association au Sénégal.

 

Quelques mots sur l’ONG Electriciens sans frontières

Electriciens sans frontières est une Organisation non gouvernementale (ONG) de solidarité internationale reconnue d’utilité publique.

Depuis le 1er janvier 2011, les 15 associations régionales et la fédération Electriciens sans frontières ont fusionné pour devenir une association nationale unique structurée autour de 15 délégations régionales mobilisant 1 000 bénévoles (de de nombreux retraités) majoritairement issus du monde de l’énergie (EDF) au sens large mais aussi d’autres secteurs de la société civile.

Guy est à l’origine de la structure Aquitaine. Il a pris ce projet en cours de route alors qu’il était en phase d’achèvement.

Il nous explique que ce sont les initiateurs du projet qui constituent le dossier et recherchent les financements. Ainsi, pour le projet Lumière par l’école, le Ministère des affaires étrangères français et EDF ont participé pour le plus gros, ainsi que des départements et des adhérents.

D’ailleurs, dernière étape avant le retour en France : le compte-rendu de leur travail auprès de l’Ambassade de France à Dakar.

Guy était déjà venu au Sénégal pour un autre projet, il y a 10 ans. Il venait apporter du matériel de réseau pour alimenter le village de Diouf Diouf entre Thiès et Babagarache. Il n’était pas encore retraité à ce moment-là, mais il était resté avec une quinzaine d’autres personnes pour aider sur ce projet. A l’époque, il s’en souvient encore, les deux containers de matériel étaient restés 3 jours bloqués au port et ils avaient du se résigner à verser un très gros bakchich pour le sortir ! La Senelec assurait alors le transport gracieusement jusqu’au village.

Guy a été déçu par ce comportement au Sénégal, il s’est rendu compte que rien n’avait changé. Pour avoir travaillé dans d’autres pays d’Afrique de l’ouest, il rajoute qu’il n’a jamais vu un tel comportement ailleurs.

 

Faire payer des humanitaires est au-dessus de la logique et ne révèle qu’une conscience individuelle pitoyable face au problème collectif.

 

Guy est maintenant rentré en France. De notre côté, nous avons décidé d’écrire cet article pour parler de ces actions humanitaires entreprises pour le bien de tous, et celle-ci n’est qu’un exemple bien sûr sur, sur des centaines d’autres déployées au Sénégal.

 

 

Plus d’informations :

http://www.electriciens-sans-frontieres.org/

http://www.electriciens-sans-frontieres.org/fr/nos-actions/2035/matam-et-kanel-securite-alimentaire-et-migrants.html

 

 

Nathalie GUIRONNET



17/03/2014
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