Une vie en Afrique

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Si l'on se penche sur le mot "hivernage"

Malgré cinq hivernages passés à Dakar, je crois que j’oublie d’année en année comme on peut transpirer entre septembre et décembre !

L’hivernage sénégalais porte bien mal son nom, car de manière logique l’image qu’on s’en fait par rapport à notre ‘background’ français serait celle d’un hiver froid et pluvieux. Alors, comment dire ?

Je me suis penchée sur le dictionnaire, oh pas longtemps mais en cinq secondes deux gouttes de sueur perlaient déjà sur mon front, coulant lentement vers le bas alors que penchée je cherchais ce mot … et là je l’ai trouvé. Bon d’accord, bizarrement, l’hivernage correspond à « la saison des pluies dans les zones tropicales ». Petite explication du pourquoi on l’appelle ainsi ? Bien sûr que non, alors allez, on n’est pas à quelques gouttes près, on ouvre l’ordinateur direction google et Wikipédia, qui nous informe qu’en plus il s’agit « d’une période d’activité ralentie ». Alors ça, on l’aurait parié !

 

Bon, comme on n'en a pas appris beaucoup plus, et que ça ne m’avance à rien de savoir que le verbe « hiverner » au Sénégal ne sous-entend pas combinaison et après-skis, ni que l’hibernation (qui consiste « en une léthargie » complète ou partielle des organismes vivants) peut être un état symptomatique de l’hivernage (ben oui, quoi, allez trouver la motivation nécessaire pour vous bouger alors que dehors il fait 35°C à 95% d’humidité : ce n’est pas le moment du nettoyage de printemps, on a tout juste envie d'hiberner dans sa chambre climatisée !), et que malgré les recherches je ne parviens pas à trouver une explication facile et concrète de l’utilisation de ce mot, je décide qu’il est temps d’aller prendre une douche.

 

Laquelle douche, 15 minutes plus tard, me fait encore plus transpirer, mais au moins je colle moins, je ne pue plus et je peux continuer à m’énerver sur l’ordinateur.

 

Où j’apprends que Jules Verne considérait l’hivernage comme une période de « séquestration ». Oui, vous avez bien lu, et cela venait du fait que pendant cette période le transport maritime s’interrompait alors que les bateaux se mettaient à l’abri dans les ports : vous deviez donc rester sur place pendant plusieurs semaines ...

Vraiment, cela a bien changé, les navires commerciaux ne s’arrêtent plus de nos jours, et l’usage du mot « séquestration » n’a plus lieu d’être, hormis bien sûr que pour sortir quand un déluge vous tombe dessus il faut vraiment le vouloir (ou ne pas avoir le choix !). Enfin, le « déluge » d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était non plus, il faut aller en Casamance pour comprendre ce qu’est une pluie tropicale. A Dakar, les pluies ne sont pas très importantes et les dégâts occasionnés (inondations, et maisons qui s’écroulent) ne sont que le résultat d’une politique immobilière peu pertinente et surtout pas surveillée.

 

Dernière piste, là je sens que je brûle (c'est juste une métaphore, si si) : l’origine du mot « hivernage » viendrait-il des hémisphères ? Quand il fait froid d’un côté il fait chaud de l’autre et vice-versa ?

 

En Côte d’ivoire on n’employait pas ce mot pour désigner la saison des pluies. J'ai comme l'impression que l’hivernage désigne maintenant plus qu'une simple saison des pluies. Ce mot résume un état, une situation ; une léthargie, une torpeur, un abrutissement même lié à la chaleur, une manière de vivre.

 

Où en résumé (parce qu’il faut bien s’arrêter de chercher une explication à tout) je laisse la pluie tomber et :

- je continue de « subir » l’hivernage et de coller dans mes vêtements, d’en changer deux fois par jour (parfois) et d’acheter déo sur déo, de pester contre tout (je perds vite patience pendant l'hivernage !?!) et de me traîner d’une pièce à l’autre (mais surtout je ne sors pas il y a des moustiques et des mouches pleins le jardin), je tamise la maison pour ne pas laisser rentrer le soleil ardent de l’hivernage ;

- je joue et je gagne au loto et je climatise toute la maison pendant 3 mois (là c’est pas gagné !) ; ou j’investis dans beaucoup plus de ventilateurs …

- je me trouve, tous les jours, une destination climatisée : supermarché ou centre commercial, copine, promenade en voiture climatisée (mais le budget carburant n’étant pas extensible c’est chaud), piscine (mais là aussi le budget n’est pas extensible) ou mieux et moins cher, un bar en bord de mer, à l’abri du soleil….

 

Si vous aussi expérimentez l’hivernage sénégalais et que vous ne pouvez pas vous payer le luxe de la climatisation 24h/24, c'est donc que nous sommes dans la même galère.

Observez bien autour de vous comment font les sénégalais pour supporter cette enclume de chaleur qui vous tombe dessus : il va vous falloir adopter la même méthode !

Vous habiller de manches longues et de pantalon (mais comment font-ils pour supporter une telle chaleur habillés des pieds à la tête ?), vous reposer souvent, boire encore plus souvent (et du thé chaud ça aide il paraît), ne pas trop en faire (ne plus rien faire du tout même si possible) et méditer ! Parce qu'on est d'accord pour contextualiser, mais vous aurez sans doute autant de mal que moi à ne rien faire ! Quitte à ne plus bouger, il nous reste encore à penser !

 

PS : petit conseil : investissez dans un très bon déo, de l'eau dynamisante pour le corps, des aérosols d'eau minérale, des chouchous, etc.

 



08/09/2016
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