Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Photo moi, photo nous

Dans la rue, un matin, une petite rue plutôt sableuse, dans le village de Yoff, le temps est clair, de beaux nuages tachent le ciel, les corbeaux sont occupés sur la plage ; je viens de me promener, appareil au point, ce matin j’ai rencontré des tisseurs de filets et un maître coranique. Cette partie du village je ne la connais pas, alors mes pieds s'enfoncent et soulèvent du sable à chaque pas et j'emprunte un petit passage : murs "tagués" aux couleurs du club de football local, murs gris accueillants le linge coloré fraîchement lavé, baobabs majestueux étriqués, dans mon dos la mer, de l’autre côté une rue sans fin ; et des portes ouvertes partout sur de petites parcelles communautaires. Je suis toujours surprise de voir que tout est ouvert à tout le monde, je pourrais jeter un coup d'œil au-delà de cette porte entrebâillée, curieuse comme je suis, mais je n'ose pas. Et pourtant, tout est ouvert ... les marmites chauffent, des bébés crient, des sons s’échappent de partout.

 

C'est la sortie de l'école, de nombreux écoliers cartables au dos déboulent en courant dans un nuage de poussière, jouant entre eux. Ils m'ont vue, certains s'enfuient quand ils me voient utiliser l'appareil, d'autres, au contraire, approchent et sans demander se plantent en avant-plan, solidement ancrés sur leurs deux jambes ; certaines femmes les encouragent à sourire, d'autres rentrent précipitamment de peur de se retrouver sur la photo. Une cohorte de petits me suit, les plus chanceux ont eu l'occasion de se voir sur l'écran pressés les uns contre les autres au-dessus de l'appareil photo. Les autres se jettent sur moi, l'œil interrogatif, le visage crispé dans l'attente de la réponse : "photo moi".

 

Ils sont adorables, cette expression me donne l'occasion de réfléchir à cette aventure sénégalaise qui nous a fait poser nos valises il y a un an et demi maintenant. Ces enfants ne demandent pas grand-chose, juste une photographie. Je me sens tellement décalée quand je me promène dans ces petites rues, nous sommes loin de Dakar, et pourtant si proches, d'un côté la modernité et la fuite en avant (voire en arrière), de l'autre l'aspect purement rural, avec des enfants moqueurs, avides de découvrir, si éloignés des réalités économiques de la capitale dans laquelle ils vivent. Ils ne demandent pas d'argent, ils jouent seulement.

 

Ici, un groupe qui m'appelle au rythme de "photo nous", là de jeunes marchandes qui observent la scène. Il fait chaud, les rues sont désertes, les boutiques de rues vides. Près des congélateurs de poisson, on a placé un baby-foot : un groupe d'enfants qui fait mine de s'enfuir, se ravise finalement et prend la pose. A quelques mètres, de jeunes charpentiers construisent une grosse barque. Une charrette passe avec des vendeuses dans sa caisse arrière, elles reviennent du marché aux pêcheurs. Là-bas, toute à l’heure, un homme a voulu m’apprendre quelques rudiments de wolof. Au milieu des caisses de poissons, il s’est arrêté pour me parler. Plus loin, les rues sont barrées, c’est jour de marché. C'est ça Yoff, un village dans une ville. Le décalage entre ces deux quartiers reflète probablement le fossé existant entre les générations de la capitale : un côté rural qui progressivement se fait manger par l'ogre urbain. Je suis en décalage moi aussi, je n'ai plus l'impression d'être en ville, je savoure chaque instant de paix passé à marcher tranquillement.

 

Nous sommes mardi, il est 14h, je rentre enfin, après plusieurs heures de marche. J'ai rencontré des gens abordables aujourd'hui, gentils, agréables, moqueurs, et je suis contente. Comme souvent le mardi. Alors, au prochain "photo moi", je n'hésiterai pas, si ça peut faire plaisir ...

 




11/02/2013
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