Une vie en Afrique

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Mon OFF à moi - introduction à la Biennale des arts - Dakar 2014

Tout le monde à Dakar connait la Biennale maintenant, mais après plusieurs jours de matraquage publicitaire, pfff, on en parle moins, voire plus, si ce n’est dans les cercles d’initiés : la vie a repris son cours, les vernissages sont passés, et certains même ne se souviennent que fugacement des artistes dont ils ont pu admirer les œuvres, la population moins chanceuse s’interrogeant toujours sur l’utilité d’une telle débauche d’art.

Si l’on y regarde de plus près, faut-il qualifier la Biennale d’ogre des arts ? A quel point faut-il dire STOP ? Car cette année notamment, avec plus de 200 points d’accueils, la Biennale n’était-ce pas trop ? Trop d’évènements, trop d’artistes, trop de mentions sur Facebook, trop d’articles sur internet, trop de tout, et du bien, et du moins bien, tout mélangé ; peut-être que la Biennale en a trop fait et n’a pas été assez sélective, on peut en effet se questionner sur l’intérêt de certains pavillons du village de la Biennale, et sur des sites OFF qui ont déjà rangé des œuvres soi-disant présentées pendant tout le mois, entraînant des déplacements inutiles sur des site quasi ‘vides’. Il ne faudrait pas que la Biennale ne devienne qu'un bazar, un bazar de l'art ...

D’un autre côté, sans parler de lassitude (certains n’ont pas même été effleurés par ce grand marché des arts déployé dans toute la capitale pendant un mois, l’évènement leur est passé au-dessus de la tête), d’autres ont préféré laissé le tohu-bohu du début se passer, et observer de loin les différents spots dont on parle, peut-être pour dégrossir le tout !

Il y a deux ans, j’étais déjà à Dakar, mais pour être honnête, je n’ai que très peu entendu parler de la Biennale, et je ne me rappelle pas avoir été autant « sollicitée » d’un point de vue visuel : les petits panneaux OFF n’arrêtaient guère mes yeux à ce moment là, étonnant non ?

 

Cette année en tout cas j’en vois de partout, et j’ai même décidé d’y participer, mais je me demande jusqu’à quel point je n’ai pas fait une erreur stratégique en présentant alors le reportage photographique qui m’a demandé tant de travail : TAXI (photos Nathalie GUIRONNET / textes Patricia KEITA - au Clos Normand - Point E - jusqu'au 08 juin 2014). Perdu dans la marée d’œuvres et de talents présentés pendant ce long, long, mois de mai. De parti pris, ou peut-être pas, les journalistes passent d’installations en expositions, on parle d’un tel, beaucoup moins des autres, certains restent dans l’ombre quand leur travail mériterait pourtant qu’on s’y attache un peu plus, le trop plein d’art efface les talents et le noie.

Néanmoins, en ce qui me concerne, cela ne révèle t-il pas aussi dans mon travail une erreur d’orientation ? Comme me disait une photographe que je connais depuis deux ans, mon travail n’est en aucun cas de l’art, je serais plutôt à classer dans le reportage documentaire. Mais l’art ne consiste t-il pas aussi à montrer les belles choses ? Des choses non arrangées, non fabriquées, parce qu’on trouve de la beauté partout, autant dans la rue que dans un studio, et un reportage photo sur une corporation de métier vaut autant que sur des portraits de chambre. L’art ne doit-il pas montrer ce que les autres ne voient pas, autant une ambiance, une atmosphère, un monde qu’on ne connaît pas, qu’une création torturée issue de semaines de réflexion sur le changement climatique ou les excentricités du monde occidental ? J’ai beau lire les légendes des œuvres que j’observe le long de mon parcours initiatique biennalo-dakarois, il y a des explications que je ne comprends pas toujours, et je me demande souvent quel personne torturée à bien pu penser de telles choses et les représenter ainsi. Je suis certaine de ne pas être la seule à le penser. Pourquoi faut-il toujours chercher une explication intelligente et raisonnée de ce que l’on fait ? Le beau peut-être inutile, futile, juste ce qu’il est.

Bref, c’est aussi ainsi que je me suis retrouvée dans les rues de Medina, alors que je cherchais Le quartier des Funambules, l’exposition à ciel ouvert de Mél-Odile et de Thierno SALL le poète errant, deux artistes que je connais personnellement. A l’angle de Blaise Diagne et de la rue 31, Babacar DIOUF ouvre ses portes et invite le visiteur à pénétrer dans sa cour pour observer l’expression artistique peinte à même ses murs. Il nous montre les détails qu’il ne faut pas rater, des enfants jouent près de l’enclos à mouton et des femmes remplissent des bassines d’eau juste à côté. Ici un fil se promène le long du mur, et des personnages y déambulent, représentants des petits métiers oubliés, ceux dont on oublie de parler, mais à qui Thierno a décidé de dédier sa prose.

Des couleurs, des idées, une rencontre, un concept original dont Babacar, un des co-fondateurs, nous explique l’origine. C’est à l’occasion des 100 ans du quartier de Medina que leur est venue cette idée d’ouvrir le patrimoine historique du quartier et de rapprocher les habitants des arts en accueillant des expositions ponctuelles. Babacar a décidé de nous faire visiter. Il nous amène chez son ami, plus loin, rue 31 x angle 18. Rafet DIOP, retraité, a accroché des peintures et l’on se promène sous un treillis de jasmin ; à côté, il y a l’enclos des oies, et des dindes qui flânent au milieu des moutons. Et nous. Il tient à nous montrer un film tourné par Sophie RAYNAL et Maëlle JOLY qui peint en aquarelle un joli portrait de la Medina (www.pretemoitesyeux.com). Un verre de thé à la main, il nous raconte la vie du quartier et c’est la tête remplie d’anecdotes que nous continuons notre chemin.

Plus loin, mais tout se fait à pieds rassurez-vous, Omar PAYE accueille les œuvres de Laure MALECOT, rue 27 x rue 6.  Encore plus loin, l’Espace Medina a ouvert ses portes à des artistes italiens et sénégalais : Ndoye DOUT’S, Adjara KANE LEYE, Moussa TRAORE, KASASSOLA, AN WEI Arturo, M. NOSTRON, pour ne citer qu’eux. Vue sur les toits, cette petite salle nous plonge dans une autre dimension de la Biennale, où l’on privilégie le côté intime, intérieur et social d’une exposition collective dans un champ d’expositions collectives. Je viens de découvrir l’ambiguité sur lequel la Biennale repose, ce côté à la fois mondain, évènementiel, publique des expositions à foison, et de l’autre cet aspect intime et propre de chacun des sites hôtes.

Puis le « street art museum » comme l’appelle Babacar propose de découvrir le quartier à travers ses murs graffés, rue 25, l’art dans la rue. Nous finirons notre visite ce jour-là par l’exposition de Fatou KANDE rue 23, chez un particulier, une surprise que ce petit havre de paix dans cette rue bruyante populaire !

Je suis rentrée emballée par cet accueil revigorant, merci Babacar et les autres, je vous conseille vivement cette partie du programme.

 

 

Puis j’ai décidé de faire mon OFF.

Du coup, samedi dernier j’étais à Ngor, au siège de TOTAL, pour l’exposition photo de Paul SIKA, de Fabrice MONTEIRO, d’Aboudia, Nestor Da, François-Xavier Gbré, Vincent Michéa, Cheikh Ndiaye et Virginia Ryan présentés notamment par la Galerie Cécile FAKHOURY. J’aime MONTEIRO pour la beauté et la simplicité de sa mise en scène, Paul SIKA pour son excentricité, et MICHEA pour son coup de crayon.

Et comme j’étais vers Keur Massar mardi, je me suis arrêtée à la mairie. Très bien accueillie, certes, mais une partie des œuvres n’était déjà plus là, dommage !

 

A suivre donc, car maintenant je ne m'arrête plus …



22/05/2014
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