Une vie en Afrique

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Les peaux des femmes ....

Soknassis**, braves femmes !

 

Alors que de nombreux dakarois ont déserté la capitale et que les sénégalais sont en vacances, j'ai croisé un petit groupe de femmes courageuses sur la corniche deux jours après la Tabaski. Alors que la pluie nous avait laissé quelques heures de répit, je me dirigeais vers Soumbédioune quand j'ai aperçu cette "drôle" de scène.

Une charrette venait sans doute de déposer ce tas plutôt informe que je n'identifiais pas de loin, mais là, des femmes se penchaient régulièrement pour étaler ce qui semblait être ... des peaux. De mouton. Un travail pas vraiment glamour, un travail de titan après les fêtes. Certains sont en vacances, d'autres travaillent grâce à la Tabaski. Et l'heure n'est pas à la fainéantise.

Mais au marchandage. Alors que je m'approche, deux hommes déjà se querellent, l'un disputant aux femmes le droit d'exhiber ainsi ces peaux non hygiéniques, l'autre les défendant d'une manière quasi acharnée.

Elles continuent de travailler, l'air de rien.

Daba Diop Fall fait partie de ce petit groupe de femmes. Fatoumata, son aînée, ne parle pas le français, mais Daba accepte de me parler de son activité.

Comment les enfants leur apportent les peaux de mouton dépecés.

Comment elle achète les plus belles peaux (jusqu'à 500 cfa) et comment elle les passe aux sel le 1er jour.

Comment elle les fait sécher en plein air, 1 à 3 jours selon le soleil.

Et comment les peaux transitent ensuite vers Saint-Louis où pendant 1 à 2 mois elles seront traitées pour enlever les poils (trempage au minimum 7 jours dans un mélange de gaz de souderie en boules, de nep-nep - utilisé en teinturerie, d'eau et de fumier de poules) avant d'être ramenées sur Dakar et vendues au marché pour être transformées par la suite en sacs et en ceintures.

 

Daba est accompagnée de son fils. Dans cette famille de peuls, ce sont les femmes essentiellement qui gèrent cette activité.

L'après-Tabaski est un moment important, mais elles pratiquent cette activité toute l'année car on ne s'arrête pas de manger du mouton, c'est juste la quantité qui diffère.

 

Sur RFI, la veille, il y avait un reportage sur les déchets de mouton : 500 000 moutons, et autant de carcasses dont il faut se débarrasser.

Avec le risque sanitaire causé par les mêmes déchets transformés en "bouchons" de canalisation alors que certains, encore mal réveillés, n'ont rien trouvé de mieux à faire que de jeter les os dans les égouts.

RFI aurait pu parler du nettoyage des abats de mouton sur les plages et dans les eaux où certains se baignent alors que l'hivernage tape sur nos têtes ;

RFI aurait aussi pu évoquer tous ces trous creusés au pied des habitations, dans les petits jardins publics, au bord des routes, où l'on enterre ce qu'on ne mange pas du mouton.

 

Mais oublions. Et évoquons plutôt ce travail de recyclage des peaux. Parce que c'est positif. Parce que ce sont des femmes qui le font. Parce qu'elles ont bien voulu qu'on en parle. Qu'on s'y intéresse.

Daba et Fatoumata sont déjà reparties. Travailler leurs peaux.

 

Vous les retrouverez bientôt sur le marché à Dakar. En attendant la prochaine Tabaski, vous pouvez joindre Daba au 77.576.69.11

 

*** femmes (en wolof)

 

 

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20/09/2016
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