Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Les humeurs d'Abeba - Chronique d'une Fleur en Ethiopie

"Les humeurs d'Abeba"

Une chronique de Fleur

 


Cette rubrique a été imaginée et rédigée par Fleur, résidente en Ethiopie. laissez-vous gagner par son humour décapant et contagieux, vous verrez, ça fait du bien !  Un grand merci !

 

Décidémment, avec Fleur, on ne s'ennuie pas ! Les nouvelles aventures d'Abeba prochainement !

 


 

Billet n°4 - Janvier 2012

 

HAIRDRESSER ADDIS ABEBA

 

Ca y est, ça recommence, suis à nouveau entourée de 100% gazelles made in Ethiopia.

Talons 15 cm, maquillage Picasso et manucure version nacre from China, de valeurs sûres en fond de décor pour ce mini salon de coiffure.

Musique des années 80, ça je connais et un peu de George Michael, ça c’est évident.

A l’entrée, je demande « color and small cut’».  Très vite, il me semble qu’il leur reste 1 tube « blond ultra Hollywood » qui hiberne dans un coin.

Mais évidemment, que ferait un mini salon full éthiopiennes avec des tubes à gogo de coloration pour Farenji ? Trouillomètre dans le rouge à la vue du sosie de Boy George version corne de l’Afrique qui prépare un mélange maison.

Ce matin Dieu Facebook suggérait de mener une vie pleine de risque sans quoi on pourrait mourir d’ennui…mais le pinceau travaille déjà et voilà les 35 minutes les plus lentes de ma vie.

Observation des dizaines de bigoudis qui sautent d’une tête à l’autre.  Technique très « IT ‘ » vu le nombre de filles qui portent ces tubes fluo sur la tête. Roses, bleus ciel ou verts pomme…,  vision de ma grand mère en 1974 sous ce casque brûlant qui grâce au ciel a un pouvoir soporifique immédiat. Les poissons cuisent vapeur dans leurs filets, les 35 minutes s’écoulent et c’est la minute shampoing. Des ongles de 22 centimètres me défigurent le crâne et me coupent l’oreille droite. Entrée en scène de ma résolution 2012 : dire ce qui me dérange, et tout de suite !

Mais en amharique, comment traduire ? «  Bref » Laisser tomber.

Boy George me sauve et  sort des outils, je crois, à sécher les cheveux. Des pinces et fers dignes de l’attirail d’Hannibal Lechter… mais moi j’ai des cheveux trèèèèèèès fins qui commencent à onduler de trouille aussi. Ai bien essayé d’expliquer que les africaines rêvent des cheveux lisses et inversement pour les Farenji … tout le monde a dit oui (puisque un éthiopien ne dit jamais non) et me voilà avec 3 baguettes verticales température volcan sur une tête rouge de honte.

Mais voilà, je voulais une coloration et ça c’est fait. La coupe a un côté russe longueurs dans le cou.., on ne s’affole pas. Cachée sous les lunettes de soleil pour ne pas me voir, je rentre à la maison,  trouve mon bonnet de laine dans un tiroir. Ma seconde résolution 2012 est de vivre sous 30° quelques semaines avec mon beau bonnet de laine. Un bonnet de laine un peu frisé et de couleur noire, ouf… c’est fou comme la peau blanche a des reflets fluo dans un monde africain.

La semaine prochaine, je prends l’option bigoudi, c’est promis.

Et mon bonnet, lui sera enfin version look ethiopia, victoire assurée. C’est facile la vie.

 

 


 

Billet n°3

 

Black & White Family

 

Dérejé, 4 ans aime trop la mourtarde et le sutre. Demande pourquoi à Addis on a pas de feux de dentifrice. Explique que les Farenji (blancs) peuvent nager sous l’eau les yeux ouverts, et que chez  les Abesha (éthiopiens) l’eau rentre dans la tête. Affirme aussi que les Farenji restent très vieux puisque ne meurent pas. Adore la vitamine C qui le rendra blanc aussi. Demande si les chats parlent amharique, et sais que Papa a beaucoup apprendu le tennis quand il était petit.

Marta demande si on peut allumer les lunettes dans le couloir, joue dans ma tachambre, demande pourquoi nous n’avons qu’une bleue la voiture, et explique à son père qu’à Tulisé (village natal) on fait pipi sur le feu pour l’éteindre.

Demandent dans le magasin si la boite de Corn Flakes est un puzzle ? mais mangent les bananes du jardin , sont bien moins impressionnés par  les babouins que les chiens, et n’ont pas compris pourquoi les vaches ne sortent pas des prés à Evian.

Marta, 7 ans hésite encore à épouser un Farenj/Abesha , parce que si on veut des bébés, on ne peut pas mélanger les couleurs.

Marta explique à son frère qu’il n’y a qu’en France que l’on voit des arcs en ciel pendant que Dérejé est ravi de constater que le soleil le suit partout.

Voilà une vie pleine de couleurs et de vérités,  mais à leur question le Père Noel est-il noir ou blanc, Qui peut m’aider ?

 

 


Billet n°2

 

09heures ce matin, cours de Pilates au ALEM Fitness BOLE.

Nous sommes 5 dont 4 Abesha et moi, la Farenji.

 

C’est fou comme on peut se sentir fluo sous ce néon entourée d’éthiopiennes aux mensurations de rêve. Elles font toutes 1m85 au min,  ultra brushées et maquillage trendy.  On peut se demander pourquoi MATEL a crée une barbie blanche alors que le modèle de base est éthiopien.

Chevilles d’impala,  jambes de girafe, taille de guêpe et  épaules stylisées d’un coup de crayon. Je me crois tombée par accident dans un défilé DIOR.

Alors que je souffle et me concentre sur les abdos fessiers, je cherche leur secret.

L’injera ? sans doute cette crêpe faite de la céréale TEF qui n’existe que dans ce pays et qui est aussi épaisse qu’un tapis de gym aurait des vertus cachées ? Où serait-ce le Berbere, piment local qui donne un coup de fouet créant une décharge électrique à allonger n’importe quel ossature pour se défendre ? Si ce n’est pas l’alimentation locale alors  pensons à l’hérédité et aux gènes. Puisque ADDIS est à 2400m d’altitude, alors je conclu qu’ici tout pousse vite et bien. Mon potager en témoigne. Je vais donc m’enraciner quelques heures dans cette terre fertile et voir si je prends quelques centimètres. C’est la fin du cours. MEZGEBE, le coach dont il m’a fallu 1 an pour retenir le nom se courbe et me remercie. 

Quant à lui et du haut de son mètre 62, personne ne lui arrive à la cheville. LA gentillesse et la douceur, c’est aussi ça la question de grandeur. Me voilà rassurée, si le plan du potager ne fonctionne pas, je pourrai toujours grandir autrement.  Ou me trouver une paire de talons aiguilles en me gavant d’injera. C’est bon d’avoir le choix.

 


 

Billet n°1

 

Addis ABEBA, 1er septembre. La moitié de la planète pense encore qu’on doit avoir trop chaud en Afrique. “Et ça va la chaleur?” est en général la deuxième question qu’on nous pose en Europe.  J’avoue qu’avant de venir y vivre, je n’imaginais pas qu’ADDIS était à 2400m d’altitude,  et étais encore moins capable de la pointer avec précision sur la carte du Continent. Mais ça c’est souvent difficile à avouer!

Au dessus de nos têtes, c’est comme en ville, ça se bouscule.  Grelons, orages et les coups de tonnere dont on ne sait plus s’il s’agit d’une attaque aérienne ou des coups de canons de la fin du Ramadan. On allume le feu dès l’aube, on rêve de chauffage, on se colle aux chats, en réalité on est pas encore tout à fait adaptés, les ethiopiens, eux, sont toujours en Tong.

Après une après-midi fin aout chez DAMMART pour acheter chaussettes, t-shirts, pantalons et string? (non ça c’est prévu pour leur gamme en 2022) on est parés ! La vendeuse: “Vous partez faire le Mont Blanc?” Nous:  “non on repart en Afrique.” J’ai adoré ses yeux façon Zoom incrédules. Alors voilà, moi qui croyais me redessiner les pieds vernis N°2 de Chanel made in China, pouvoir exhiber mon bronzage de Haute Savoie, c’est loupé! Maintenant, à moi d’user d’imagination féroce pour convaincre le mari, que oui Dammart c’est pas du tout sexy mais une femme malade, c’est  ingérable, c’est bien pour ça que ça n’arrive jamais.  De toute façon le temps de lui faire la théorie, l’homme se sera endormi.  J’attends donc le soleil sans aucune patience. Et ça, ça réchauffe !

 


 



03/09/2011
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