Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Leçon de conduite sénégalaise

 

"La couleur du stress"

 


 

Créé le 17 décembre 2011

Mis à jour le 29 septembre 2012

 

 

A lire pour son humour et parce qu'il n'a pas tord !

 

Quand on se trouve dans un embouteillage, on a généralement le temps d’observer autour de nous ce qui se passe, et à Dakar on n’est jamais déçu ; si on finit par s’habituer aux petits vendeurs à la sauvette qui passent entre les rangées de voitures, et aux petits Talibé sollicitant à droite et gauche de la monnaie, on a un peu plus de mal à ne pas s’énerver quand la première voiture d’un malpoli trop pressé décide de doubler la file officielle, et quand sur les bas-côtés se forment double, triple, voire quadruple files de voitures, générant alors un amas impossible à débrouiller. Pas à pas, cul à cul, pour ne pas se faire trop doubler, le concert de klaxons devient tellement fort qu’on ferme vite les vitres et climatise l’habitacle. C’est là qu’on apprécie le confort de la voiture qu’on a acheté bien sûr, dans les embouteillages dakarois !

Pendant ce temps d'observation, on remercie généralement ces bénévoles qui se retrouvent au milieu des voies à essayer de démêler le noeud, on trépigne de ne pas voir de policier en pleine heure de pointe, on fustige du regard tous ceux qui ignorent les trottoirs et se croient plus malins que les autres. Un temps de stress, dans lequel il vaut mieux se concentrer sur les noix de cajou qu'un vendeur propose à un prix aberrant, ou sur les promotions des recharges téléphoniques du jour, à moins d'avoir besoin d'un torchon ou d'une paire de chaussettes !

 

 

Quand on a la chance d'éviter les embouteillages, on n’en reste pas moins surpris par l’imagination des chauffards sénégalais qui ne savent pas utiliser les ronds-points et changent les priorités (attention, vous n’êtes jamais prioritaire dans le rond-point sénégalais, ceux qui entrent se donnent rarement la peine de regarder si vous êtes là ou non) ; ils s’arrêtent aussi n’importe où dans les mêmes ronds-points ou virages pour déposer quelqu’un, ils abandonnent les voitures en panne en plein milieu des voies, ils ont peu ou pas de frein et manquent souvent d’emboutir la voiture de devant en cas de freinage soudain. Le mauvais état ‘des rapides’ ou ‘diagen-daye’ ne lasse pas de surprendre, amas de tôle souvent bien trop remplis qui n’hésitent pas à faire descendre et monter leurs passagers en roulant, situation cocasse qui devient vite dangereuse. Attention également aux abords des stations service, car si la route est en sens unique, le conducteur sénégalais n'hésitera pas à prendre le sens interdit pour rejoindre le rond-point lui permettant de poursuivre son chemin, d'où l'on comprend comment, malgré l'absence des travaux, on peut se retrouver face à face avec des véhicules en sens interdit !

 

Et si ce ne sont pas les conducteurs, l’état des routes entraîne aussi des écarts de conduite peu ordinaires, et c’est souvent que des rues sont coupées et condamnées temporairement pour travaux, et les sens détournés, entraînant des confusions de circulation et de petits carambolages. Un petit drapeau, des engins dans tous les sens, ou un militaire planté sur la voie, et tiens, ici c’est fermé, il va falloir faire un gros détour, voilà c’est souvent ainsi à Dakar, rajoutant un peu plus de couleurs à la vie locale déjà très … mouvementée !

 

 

Côté taxis on s’ennuie aussi rarement : taxi-contrat moins cher mais jamais à l’heure (« si si j’arrive madame, 10 minutes » – sauf que ça fait déjà trois fois qu’on appelle et 30 minutes qu’on attend), négociations laissant le goût amer de se faire avoir, intérieurs poussiéreux aux housses noires collantes tenant chaud, aux odeurs vanillées bon marché et aux portières déglinguées, avec collier de prière au pied du levier de vitesse, couleurs locales quoi ! Un français hésitant à l’accent wolof très prononcé met souvent court à la conversation, mais on peut s’acharner et discuter avec les chauffeurs qui sont rarement à cours d’idées pour vous décrire leur ville ou vous déposer à de mauvais endroits. « Si, si je connais », oui c’est ça …. Il faut souvent se méfier, et il vaut mieux marchander avant de partir. Et puis si vous êtes pressés, ils prennent souvent les mauvaises voies, les plus lentes aussi, celles qui à coup sûr passeront par les quartiers populaires. Malmener un chauffeur de taxi ? Déjà fait, il ne bronche pas, se laisse crier dessus et s'excuse même parfois de ne pas avoir choisi le bon trajet. Certains vous achètent de l'eau, s'inquiètent pour vous si vous n'êtes pas bien, mais la plupart vous ignorent pendant tout le trajet. Si vous n'êtes pas sénégalais.

 

 

Les insultes ? Elles peuvent parfois fuser entre deux conducteurs qui se refusent la priorité, en wolof ou dans une autre langue, et il n'est pas rare de les voir descendre de leur voiture et se montrer en spectacle. J'avoue avoir moi-même apostrophé un rabatteur de rapide qui refusait de nous laisser passer, et avoir un peu craint de me faire taper dessus, mais à priori, j'ai appris après coup que les sénégalais tapent rarement sur les femmes, encore faut-il ne pas tomber sur un illuminé !

 

 

Enfin, à Dakar la voiture est souvent 'baptisée' dès le premier mois : crachats de conducteurs à conducteurs, ou crachats de piétons qui ignorent que vous n'appréciez pas forcément de vous faire cracher dessus, voire mare nauséabonde de liquides sur lesquels il vaut mieux ne pas trop se pencher suite à  une fuite de canalisations ou des inondations, éclats de peinture suite à un accrochage avec les murs ou un rapide qui malgré la place sur le parking vous rentre quand même dedans, il est clair qu'il est inutile d'acheter du neuf à Dakar, ou alors il faut en faire le deuil très rapidement : la voiture ne restera pas 'nickel' bien longtemps !

 

Evidemment, il y a les petites surprises, celles qui étonnent, détonnent, celles qui sont extraordinaires, surtout hors contexte : un bébé qui conduit sur les genoux de son père, une moto et ses trois occupants, etc.


 


 

 



17/12/2011
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