Une vie en Afrique

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L'Or rouge - 15 minutes pour sauver 3 vies

 

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Ce n’est pas un hasard si avant-hier matin (17 mars 2016) à 9h je battais le pavé de l’immeuble La Rotonde au Plateau. Un bel espace aéré autour duquel s’articulent de nombreux bureaux, et des tentes dressées au 1er étage pour une journée très spéciale.

Je voulais venir avec Massamba, ça fait plusieurs années qu’il me parle discrètement de ces opérations « Precious Gift », mais manque de chance ce jour-là il ne pouvait pas venir. C’est donc armée de tout mon courage que je suis montée rencontrer cette petite équipe très généreuse, altruiste et dynamique qui constitue le corps de l’association. Avec une idée en tête quand même …

 

Et oh surprise, en haut, des biologistes, du personnel médical, une grande table de viennoiseries et de jus, des personnes souriantes, des donneurs enthousiastes et au travail, le téléphone à la main, se décalant de chaise en chaise pour rejoindre étape par étape la tente où pendant 15 minutes ils donneront de quoi sauver 3 vies chacun !

Et oh, encore surprise, une organisation logique et un chemin clair : table d’inscription, table de consultation, table infirmière où l’on vous donne le kit du don de sang, et enfin l’espace dédié au don.

 

Dans le cadre de leur volet social, humanitaire et civique, et spécialement pour l’occasion, Microsoft (dont les bureaux sont installés à La Rotonde) s’est associée à Precious Gift en sponsorisant l’action et en offrant gracieusement la mise à jour vers Windows 10 des tablettes et des smartphones compatibles avec le système Windows apportés par les donneurs.

 

Precious Gift est une association qui œuvre depuis 2012 pour promouvoir le don de sang ; à cause de démarches administratives longues et laborieuses, son statut juridique est tout récent (2016) alors que cela fait des années qu’elle s’investit sur le terrain sans statut légal, « en clandestin ». Elle a en effet à son actif plus d’une dizaine de journées de collecte de sang.

17 membres composent le bureau mais faute de temps, ils ne peuvent plus autant s’investir. Lors de la dernière assemblée générale, de nombreux supporters ont répondu à l’appel mais finalement peu de personnes ont franchi le pas associatif.

Peu de moyen pour cette petite association qui base sa communication essentiellement sur les réseaux sociaux (Facebook-1 650 likes- instagram -100 followers- et Twitter-200 followers) et sur l’envoi des sms (chaque personne qui s’inscrit intègre un réseau). « Nous avons essayé de faire du don de sang un effet de mode et cela marche très bien surtout au niveau des jeunes ». Un site internet est en construction. Quelle que soit l’entreprise partenaire, c’est l’association qui se charge du visuel et de la communication avec l’aide de Massamba Gaye et André Ndiaye qui ont eux-mêmes créé le logo de Precious Gift : un S de super héros (Superman).

Pas encore d’action sur le terrain mais  « c’est dans les projets de 2016 d’aller vers les étudiants dans les universités de Saint-Louis, Thiès et Ziginchor, pour avoir des communautés de donneurs de sang dans tout le Sénégal ».

 

Institutionnellement, le Centre National de transfusion sanguine (à Fann) est la banque du sang du Sénégal, elle dispose de la logistique nécessaire et du moyen humain. L’association Precious gift intervient sur le terrain, relaie l’information, sensibilise et mobilise la population, et crée un réseau. Constituée essentiellement de personnes de moins de 30 ans, c’est aussi sa grande force et sa singularité. Cela lui permet d’approcher plus facilement les personnes plus jeunes.

En plus du Centre National, il y a aussi l’Association Nationale des donneurs de sang du Sénégal qui est constituée de grands donneurs qui ont à leur compte plus de cents dons de sang par personne.

« Ce que nous voulons c’est qu’il y ait beaucoup plus de donneurs de sang jeunes parce que ce sont des porteurs et des donneurs sains, ce sont des donneurs qui sont le plus aptes à faire du don de sang un acte continu car ils ont au moins 20 ans devant eux à continuer à faire des dons de sang. Nous ciblons donc les jeunes, et même les plus jeunes car dès l’école maternelle il est essentiel qu’ils connaissent le don du sang ». Au Sénégal, on peut donner son sang à partir de 18 ans, et jusqu’à 60 ans.

 

Aujourd’hui, les donneurs  ont entre 25 et 50 ans. Il faut savoir que tout le monde ne peut pas donner son sang. C’est pour cela qu’avant de donner son sang, un médecin vous interroge sur vos antécédents et juge si vous êtes aptes à continuer à faire le don.

Certaines maladies ne permettent pas de donner du sang. VIH, hépatite, MST (syphilis), anémies et déformation des globules, drépanocytaires sont des cas de refus. De même pour les personnes qui ont eu un paludisme récent (moins d’un mois). Petit inventaire des questions que l’on vous posera : rapport sexuels non protégés en dehors du couple, traitement d’une anémie récente, pertes blanches (femmes), carries, prise de médicaments, fatigue générale + tension.

« Il y a des risques de transfuser une maladie du donneur au receveur. Le paludisme peut être un des effets secondaires de la transfusion. Ici au Sénégal on anticipe toujours sur la contamination possible en traitant le receveur avec des antipaludéens. On ne cherche pas le plasmodium quand on analyse les prélèvements au Sénégal ».

Les donneurs sont globalement des hommes car il y a plus de contraintes pour les femmes (certains états empêchent le don du sang comme la grossesse et la période post accouchement de 6 mois, et pendant les menstruations).

 

350 à 400ml sont prélevés en une fois. Reconstituables en 2 jours et limité à un don tous les trois mois. Il faut compter 10 à 15 minutes pour le prélèvement, en fonction des veines, cela dépend de chacun. Pour que cette journée soit une réussite, le Centre National espère récupérer au moins une centaine de poches de sang. Une goutte d’eau quand on pense qu’annuellement l’objectif fixé est de 29 000 poches. L’année dernière, le centre a dépassé la barre des 35 000 poches de sang. Le sang prélevé est analysé (une journée) avant d’être conservé (35 jours – 1 an pour les plaquettes) pour une transfusion éventuelle. Il faut savoir que sur une centaine de poches, environ 10% seront déclarées impropres (mauvaise manipulation ou maladie détectée). En cas de problème, le centre contactera le donneur pour l’informer de ce qui se passe. C’est aussi une bonne manière de dépister les maladies.

 

Notre interlocutrice est responsable Hygiène Sécurité Environnement dans une société minière basée à Dakar. Elle voulait être médecin mais elle est diplômée en génie chimique. Elle appartient à la 2ième plus grande famille d’hémophiles au Sénégal (trois de ses cousins en sont atteints), un pays où l’on ne connaît pas très bien cette maladie. Nous avons fait un petit test dans la salle d’attente et sur 7 personnes, seule 1 d’entre elles savait de quoi il s’agissait. Et encore, « cet échantillon n’est pas représentatif de la population sénégalaise, ce sont des personnes qui sont instruites et qui travaillent. Derrière, il y a toute une partie de la population qui n’est pas instruite ».

 

Amina, quant à elle, vient pour la première fois. Ayant vécu en France avant, on lui a demandé d’attendre un certain temps avant de donner son sang (à cause de la vache folle). Elle semble détendue. Toutes les femmes aujourd’hui sont des femmes qui travaillent, en talons, bien habillées, cet acte citoyen fait partie de leur journée de travail, un intermède de 30 minutes.

 

La journée s’achève vers 13h avec le don des membres de l’association. Dans la file d’attente, j’ai aussi vu passer des gardes de sécurité, et du personnel d’entretien, des sénégalais impliqués quelle que soit la couche sociale, ici tous les sangs étaient mélangés, sans origine. Un bel esprit que j’ai décidé de suivre aussi : pour la première fois, j’ai donné du sang.

Une expérience solidaire intéressante, je vous proposerais bien d’essayer, entre amis, entre collègues, c’est plus drôle et cela permet de partager une expérience enrichissante tout en donnant de soi !!

 

Rendez-vous ce samedi 19 mars 2016 à partir de 9h au Centre National de Transfusion Sanguine de Dakar pour une nouvelle journée de collecte. Nous comptons sur vous!
Soyez nombreux!

 

 

 

Merci à Ibrahim KEBE DIALLO et à Ndeye NDACK NIANG (présidente de l’association) d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

Un contact : 78.250.73.73 // Facebook



18/03/2016
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