Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Vie pratique - témoignage : le harcèlement moral

Des coups de massue répétitifs à 19h un soir de semaine il y a plusieurs mois (novembre 2015). C'est comme cela que nos voisins du dessous se sont présentés. Ou pas. Sans s'excuser. Ils venaient d'emménager et avaient décidé d'ouvrir un mur mitoyen entre leur cour et celle du restaurant devant nous qui n'était pas encore ouvert et dont ils étaient visiblement les gérants.

OK, je me suis dit qu'on allait en baver, mais je n'imaginais pas à quel point.

Difficile de s'en rendre compte et de mettre un nom sur ce qui arrive quand cela se fait petit à petit. Tout va bien dans la journée. Au-début leur portail était ouvert en permanence avant qu'on leur demande de le fermer pour des raisons de sécurité.

Mais chaque nuit, on vous réveille d'une manière ou d'une autre ; vous vous y habituez, vous hésitez à déménager, vous espérez que cela va s'arranger.

Des claquements de porte à n'importe quelle heure de la nuit, des soirées ou des fins de soirée bruyantes, le sol qui vibre à cause des basses de la musique dessous (vous prenez le petit-déjeuner au rythme des percussions d'en bas) : c'est le soir que nos voisins se réveillent. Jamais avant 23h.

Eclats de voix, hurlements parfois au niveau du portail qui claque, juste de quoi vous déconcentrer, vous gêner. Ca ne fait que commencer et le restaurant n'est pas encore ouvert. Des soirées privées qu'ils commencent au restaurant pour tester leur nouvelle sono, et qu'ils finissent sous vos fenêtres à 7h en entraînant en-dessous de chez vous toute une clique d'étrangers au son d'une musique forte ; des réponses alarmantes de soi-disant autorisation d'ouvrir jusqu'à 7h du matin justement, ben voyons, ils annoncent la couleur.

Voilà, on en est à quelques mois et les soirées commencent systématiquement quand vous allez vous coucher à coups de techno qui font vibrer les fenêtres ; on en est à quelques tentatives de négociation mouvementées qui n'aboutissent jamais malgré les promesses.

Puis arrive petit à petit la hantise de se coucher, vous connaissez ? Parce que vous savez que vous dormirez mal, que la musique trop forte vous fera ruminer, que les bruits en bas en fin de nuit vous réveilleront, parce que votre corps s'est habitué à se réveiller régulièrement et que vous êtes en alerte malgré vous. Que vous entendez de la musique tout le temps alors qu'il n'y en a pas toujours. Au point que votre voisine prend des somnifères pour s'endormir.

Un jour mon mari est arrivé avec des boules quiès. Il m'a dit que son coeur vibrait au même rythme que la basse et qu'il en avait marre. Moi je mets le ventilateur pour couvrir un peu le bruit, autant dire qu'on a fait une croix sur le son de la mer et la fraîcheur de la nuit.

Mais ce n'est rien.

Il y a eu les chiens. Trois d'un coup. Qui hurlent à n'importe quelle heure de la nuit et qui sont donc susceptibles de vous réveiller régulièrement, surtout s'ils se battent avec le singe attaché sous la fenêtre des filles. Plusieurs fois on leur a demandé d'intervenir quand ils hurlent.

Des coups de sonnette à minuit. Des coups au plafond à 1h. Une nuit en dessous nous en avons vu un sauter par-dessus le mur parce qu'on ne l'entendait pas sonner tellement c'était bruyant. Maintenant je sais comment on a cassé ma plante extérieure. Aucune excuse évidemment.

Et à l'ouverture du restaurant, les concerts live. Dans le jardin. Sous notre balcon. Un concert gratuit dans son lit, tout le monde en rêve n'est-ce pas ? Pas moi. Deux nuits de suite jusqu'à 4h du matin puis des afters à la techno jusqu'à 7h, c'est devenu ma hantise. Je suis maintenant à l'affût des tests micro. C'est infernal. Je suis devenue hargneuse, fatiguée, et j'ai quatre enfants au petit-déjeuner, du travail malgré deux nuits blanches à me demander comment on peut être aussi irresponsable et irrespectueux du voisinage et comment on peut être aussi bête pour autant subir.

On se dit que c'est injuste après 4 ans et demi au même endroit il va falloir déménager parce qu'on n'en peut plus, que nos nerfs sont à vif.

Voilà, ma psychologue a pointé du doigt ce que nous vivons depuis plusieurs mois sans qu'on ait même eu l'idée de ce que ça pouvait être : du harcèlement. Ca ne m'avait pas du tout effleuré malgré cet état d'angoisse et de fatigue générale.

Nos voisins ont initié une plainte commune de voisinage pour le bruit du restaurant et les chiens. Nous avons suivi bien sûr. Notre propriétaire aussi. Quand ils ont entendu parler de la pétition, j'ai été convoquée à la gendarmerie de Ngor ; j'ai eu le ventre tordu d'angoisse pendant plusieurs heures, à en pleurer, une grosse boule dans la gorge, et mon mari a du poser une demi-journée pour m'accompagner à la gendarmerie. Le gendarme qui nous a auditionné voulait avoir des réponses à la plainte déposée par les voisins pour les raisons fantasques suivantes : je jetais mes ordures par la fenêtre dans leur jardin, et je sonnais intempestivement chez eux.

J'étais rassurée, le gendarme lui-même n'y croyait pas, et je dois dire que j'ai arrêté de trembler tout d'un coup.

Mais deux jours après c'était une convocation à la Police de l'Environnement initiée par notre propriétaire qui m'attendait à 9h avec cette fois tous les partis réunis. Une heure et demi d'audition, de fausses accusations, de faux-semblants et de sourires mielleux, de promesses, et enfin quelques mots sur notre situation de harcèlement.Nous sommes des malpolis, des personnes mal-éduquées.

Néanmoins, la loi au Sénégal est claire en ce qui concerne le bruit, même celui qu'on fait chez soi : il est interdit d'être bruyant de 21h à 5h du matin. Un point c'est tout. L'affaire peut aller très loin. Et il est interdit de laisser les chiens hurler. Et d'avoir un animal sauvage chez soi (le singe). Et en matière de bruit, un restaurant, même s'il a les autorisations d'ouverture, doit respecter le voisinage et se limiter à un taux de décibels maximum de 80.

C'était un vendredi.

Le soir-même, avec mon mari, nous avons émigré dans le salon et dormi sur des matelas.

Ils sont sourds. Ou bêtes.

Samedi nous avons visité des maisons. Le soir, nos voisins ont appelé le commissariat central qui s'est déplacé et les a convoqué  pour une première mise en demeure du non respect de la loi.

 

Depuis plusieurs semaines, et suite à deux mises en demeure, les concerts ont cessé et le bar lounge du restaurant ne se transforme plus en discothèque, enfin, il a fortement baissé le volume ! Par contre, les bruits de portes qui claquent à minuit, les réunions en groupe pour jouer au billard avec les boules qui tombent et les coups de cane au plafond, les chiens qui hurlent et qui se battent, la musique forte, parfois juste 5 minutes mais à minuit, les appels aux employés, leurs discussions à voix haute au pied de la fenêtre, et le parking de leur voiture devant notre portail nous empêchant de garer notre voiture, tout cela arrive encore, régulièrement.

 

Nous n'avons plus aucun contact avec eux, il est temps de quitter les lieux, nous avons enfin trouvé une maison, après trois semaines de recherches. Nous quittons le quartier Virage pour nous réinstaller à moins de deux kilomètres, à Ngor. En espérant que cette fois-ci nous n'aurons plus besoin des boules quiès et qu'enfin nous ne ruminerons plus sur le comportement immature et odieux de ces b..., s....., ch.......

 

Ah oui, une dernière chose : évitez de louer l'étage de la maison qui se trouve juste derrière le restaurant LA VILLA à Virage .... ou assurez-vous avant que vos voisins du-dessous ne sont pas les gérants du restaurant !

 

 

 



28/04/2016
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