Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Geleem Saar, le toubab qui enseigne le wolof_Nov.2016

 

 

 

 

 

 

 

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Son prénom d’origine occitane (sud de la France) signifie « chameau » en langue wolof. Au Sénégal chaque famille a un animal comme totem. Le chameau est le totem de la famille SAAR c’est pour ça qu’ici quand il est arrivé tout le monde l’appelait Geleem Saar.

 

Guilhem a découvert le Sénégal en 2003 dans le cadre de la Réhabilitation de la maison natale de Léopold Sedar Senghor (projet entre Vénissieux (69) et Joal Fadiouth). Même si leurs correspondants sénégalais comprenaient le français, très vite le wolof reprenait spontanément le dessus, posant des difficultés de communication et d’échanges.

A 18 ans, alors qu’en parallèle il continue à venir chaque été, il commence à écrire en wolof. En France il est très impliqué dans la diaspora africaine et dans les mouvements panafricains, il réfléchit à la place du français en Afrique et commence à lire en wolof (livre de contes de Mamadou Cissé). Il y trouve un réel intérêt. Fortement impliqué notamment à travers la communauté sénégalaise en France et dans la création d’un journal de jeunes à Joal Fadiouth, il met en place un Festival de la presse des jeunes au Sénégal (qui réunit des jeunes qui souhaitent s’exprimer, écrire et partager) et découvre le livre « Nations nègres et culture » de Cheikh Anta Diop.

 

Il y a 5 ans à Lyon il commence à enseigner quelques heures par semaine à travers une association, avant de faire le choix de s’expatrier à Dakar il y a 5 mois dans l’objectif d’enseigner le wolof.

 

Petit état des lieux de la situation actuelle :

 

  • Dans les écoles publiques sénégalaises, on n’apprend pas le wolof. Il y a des essais qui se font notamment avec l’ARED (Association de Recherche pour l’Education et le Développement) qui propose de mettre en place des écoles bilingues français wolof ou français peul, mais ce sont des écoles pilotes, il y en a environ 200 au Sénégal (http://information.tv5monde.com/info/senegal-l-enseignement-bilingue-2324). Il faut savoir qu’aujourd’hui certains jeunes sénégalais arrêtent leurs études parce qu’on les oblige à apprendre le français avant les autres matières. Or on peut faire de grandes études sans être obligé d’apprendre le français ;
  • A l’université, on trouve quelques enseignements sur la littérature sénégalaise et en langue wolof. Il est obligatoire pendant un semestre en 2ième année d’avoir une option en langue nationale (UCAD) ;
  • Pourtant, il y a de très nombreux étrangers dans les universités sénégalaises (on compte environ 2 500 à 3 500 étudiants gabonais au Sénégal) à qui on ne propose pas d’apprendre le wolof. Au Sénégal, rien n’est structuré dans le domaine de la formation en wolof donnée aux étrangers et certains formateurs n’ont pas été formés à enseigner le wolof ;
  • L’apprentissage du wolof se fait dans le cadre de l’alphabétisation des populations illettrées (ex. la formation des femmes sur l’entreprenariat au Sénégal se fait en wolof).

 

Guilhem propose d’apprendre le wolof aux étrangers mais il ne délaisse pas pour autant les sénégalais qui souhaitent renforcer la connaissance de leur langue à travers la lecture, etc.

Il organise des sessions d’apprentissage à l’IAM (Institut africain de management) et travaille avec RFI, France 24 et TV5 Monde pour enseigner le wolof aux journalistes étrangers à travers des cours individuels et collectifs.

Le wolof étant une langue qu’il a acquise et apprise au fur et à mesure, il sait toutes les questions qu’il s’est posées pour acquérir son niveau, et ce sont ces mêmes questions que doivent se poser les élèves. Il a donc une certaine proximité avec eux puisqu’il a suivi le même parcours.

 

Guilhem travaille en lien avec une enseignante de wolof qui travaille à l’université Gaston Berger à Saint-Louis (section LCA Langues), avec des écrivains comme Lamine MBAYE (auteur de romans policiers en langue wolof), des journalistes wolophones, des étudiants, des ONG comme l’ARED (qui propose de passer par le wolof pour enseigner les mathématiques – par exemple – pour que ce soit plus simple), avec le Secrétariat d’Etat aux langues nationales (il y a un centre de documentation nationale qui existe à Sacré-Cœur 2). Il souhaite aussi promouvoir le wolof à travers la lecture de contes dans les écoles.

 

Il souhaite créer un réseau pour fédérer, discuter, échanger, proposer de faire la promotion du livre en langue wolof, et l’écriture à travers des concours de poésies, contes, nouvelles en langue wolof.

 

Guilhem donne depuis peu des cours aux enfants (contactez le pour plus d’informations).

 

Enfin, il donne des cours de prise de parole en public. Dans l’objectif de prise de parole en public ce n’est pas le niveau de langue qui compte mais le regard, la posture et les gestes. Il préfère que ses élèves s’expriment dans leur langue même s’il ne la comprend pas.

Il ouvre souvent le débat dans ses groupes d’apprentissage. Les sénégalais ont envie de parler de leur langue et de la maîtriser, et les étrangers parlent de la problématique de la langue (des situations qu’ils ont vécues, des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, notamment au travail).

 

 

Anthropologue de formation, il a bien identifié une fracture linguistique au Sénégal.

« Aujourd’hui le wolof est devenu une nécessité si on veut s’adresser aux sénégalais ».

 

De manière générale au Sénégal il y a deux problématiques :

  1. Un grand nombre de sénégalais ne parle pas le français et les statistiques de la francophonie sont édifiants : si on estime qu’un peu plus de 35% de la population a des connaissances en français, il semblerait que seule 11% de la population sache lire et comprendre le français ;
  2. Environ 20% de la population ne comprend pas le wolof (ils sont issus du milieu urbain, ou ils parlent d’autres dialectes sénégalais).

 

Au Sénégal :

  • Si la presse papier se lit toujours en français (car écrire en wolof n’est pas encore passé dans les mœurs), les médias communiquent essentiellement en wolof pour toucher la population (affiches publicitaires, radios, tv etc);
  • Sur les réseaux sociaux aujourd’hui les sénégalais communiquent à l’écrit en wolof (mais dans un très mauvais wolof).

 

La réconciliation nationale pourrait se faire en favorisant le wolof comme réelle langue.

 

Sur l’éducation des enfants des rues, quand il entend qu’il faut absolument leur apprendre le français, Guilhem répond qu’il faut mieux leur apprendre un métier pour les sortir de la rue. Un jeune à qui on va apprendre à être maçon ou menuisier a-t-il absolument besoin de savoir parler français ? « Le français c’est utile et important mais il faut savoir l’utilité qu’on en fait, comment on l’utilise et pourquoi ».

 

Guilhem possède plus de 60 ouvrages en wolof (il y a de la littérature dans pratiquement toutes les langues parlées au Sénégal). Mais le problème qui se pose c’est la vulgarisation des ouvrages car au Sénégal on n’est pas dans une culture du livre (hormis des textes religieux).

Quand Guilhem donne un livre en wolof à un Sénégalais il voit ses yeux s’illuminer, il voit le plaisir qu’il prend à lire dans sa langue.

 

Hervais, casamançais, avoue ne pas lire en wolof « car ce n’est pas sa langue natale ». Il n’exclut pas la possibilité de lire si l’occasion se présente pour lui de trouver un livre écrit dans sa langue.


 

NB

Dernièrement, une collection de livres traduits en langue wolof (CEYTU) a été lancée par Boubacar Boris DIOP (Une si longue lettre de Mariama Bâ ; L’Africain de Jean-Marie Le Clézio,; la pièce de Césaire sur l’assassinat de Lumumba) – informations : http://www.altermondes.org/lecrivain-senegalais-boubacar-boris-diop-lance-une-collection-en-langue-wolof/

 

Si vous souhaitez apprendre le wolof, vous pourrez joindre Guilhem ici:

Facebook

Email : courswolof@gmail.com

Téléphone : 77.457.26.67

 

Quelques liens :

http://www.slateafrique.com/21377/linguistique-senegal-est-il-encore-un-pays-francophone

http://www.francophonie.org/IMG/pdf/pays-plus-1-million-locuteurs.pdf

http://www.francophonie.org/carto.html

 

Pour compléter voici un article très récent sur le sujet :

 

http://www.jeuneafrique.com/mag/373347/societe/litterature-africaine-parler-plusieurs-langues-force/

 

 

 



22/11/2016
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