Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Fabrique à ciel ouvert à Medina

Ca faisait un moment que je cherchais cet endroit : à ciel ouvert, mais enclavé dans le quartier de Medina, c'est après avoir traversé un bidonville aux murs de carton et de tôle, et après avoir dit bonjour à de nonbreuses personnes croisées sur notre route, que nous atteignons un sol glissant et cabossé où de petites boules de savons s'empilent en tas. Ici, on fabrique de manière artisanale le savon. Et l'on se cache aussi, des on-dit, d'internet, des journalistes et des touristes qui à tort, ont parfois décrié cet endroit.

Certes, à première vue, personne n'est enclin à accepter les photos, sauf pour "3 000 milliards de francs cfa" ! Un homme, néanmoins, nous amène voir Z., elle est assise dans son atelier : d'esprit ouvert, elle accepte, sans condition, de me revoir la semaine suivante. Ce matin-là, j'arrive avant elle, et une vieille femme m'indique l'endroit que j'avais un peu oublié dans ce dédale de rues insalubres. Elle nous ouvre les portes, nous nous présentons à deux jeunes gens qui travaillent au fond, et attendons comme on nous l'a demandé, assises sur des bâches. Mais ils appellent Z. au téléphone pour l'informer de notre arrivée et nous proposent de venir les rejoindre, et de commencer les photos, nous ne nous faisons pas prier.

Sauf qu'une jeune femme un peu folle arrive sans crier gare et nous interdit d'aller plus loin, récriminant contre les journalistes elle nous dit avoir lu un article sur internet leur ayant porté préjudice, elle est dans tous ses états mais finalement, après moults palabres, elle s'en va. Pour revenir avec la vieille femme : elle crie, elle refuse de nous écouter, nous dit qu'on lui a manqué de respect en commençant avant que Z. arrive, l'affaire est chaude-bouillante et nous ne savons plus sur quel pied danser. Sauf que Z. est là, elle intervient enfin pour nous expliquer son travail et nous laisser  prendre les clichés que nous voulons. Elle nous raconte avec un petit sourire son histoire, son frère est là, il revient des USA et nous permet de mieux comprendre l'arrivée de cette famille d'origine guinéenne à Dakar et le début de cette initiative de fabrication de savon. Initiative gérée par un collectif de femmes plutôt dans la fleur de l'âge, préférant garder leur petite entreprise maison à l'abri des histoires, loin des regards.

Parce que je suis curieuse, je m'engage parfois dans de drôles d'entreprises. En descendant dans le quartier je n'étais guère rassurée.Et pourtant, j'étais poussée par l'envie de connaître quelque chose de nouveau. On est en plein Dakar, c'est complètement artisanal, et personne ne connaît ?

J'ai en effet du mal à comprendre les refus qu'il m'arrive d'essuyer. Là, je suis contente de découvrir une façon de faire, et de parler avec cette chef d'entreprise un peu à la rue, dans un mélange de wolof et de français, perdue dans la réalité, et vendant du savon à perte plutôt qu'à profit, au grand désespoir de son frère qui tente de lui expliquer qu'il faut augmenter les prix ! Mais elle a déjà l'ouverture d'esprit pour faire connaître son activité, c'est important.

Voilà, c'est donc à partir de quelques mélanges que l'on fabrique un savon grossier qui sera vendu à l'exportation dans les pays limitrophes. Plus d'un millier de boules par jour sont roulées dans cet atelier et mises à sécher avant d'être encartonnés puis expédiées. Huile de palme, extrait de coco, peau d'arachide, sont des ingrédients particuliers qui seront mélangés à une poudre dont je n'ai pas retenu le nom pour former une pâte marron à l'odeur forte. Les hommes utilisent des poches pour  préparer la mixture qui sera prête en peu de temps. Quelques heures de travail dans la journée pour entasser des boules de savon au pied des buildings en construction, ça valait le coup de venir voir, non ?

 

 



29/06/2013
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