Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Expatriation, immigration, les clichés ont la peau dure .....

J’ai pu cet été lire de nombreux articles sur le retour des expatriés en France pour leurs vacances. Au début j’en riais, mais pour tout dire, au final, si j’ai bien rigolé, j’ai aussi eu du mal à m’identifier.

Alors bien sûr, avec moi ça clochait parce que je suis expatriée quasi de naissance, et parce que mes parents sont eux même nés à l’étranger de parents expatriés ; autant dire que je suis moins française que beaucoup de français, parce qu’en plus de ça je suis métissée, mais cela remonte déjà à trois générations et ça ne se voit plus. Une famille expatriée depuis aussi longtemps n’a plus guère que des amis eux-mêmes expatriés ou qui ont vécu un certain temps à l’étranger.

Et le retour en France relève plus du pèlerinage et du tourisme que ça ne le devrait. La famille, elle a l’habitude de ne plus vous voir, et elle ne se prend surtout pas la tête avec vos différences de vie. Elle en sourit même.

 

Bon, parlons d’abord des expatriés. Le cliché du cadre qui travaille sous les cocotiers a la vie dure mais franchement il faut arrêter de fumer. Un expatrié ce n’est pas forcément un mi-temps au bureau et un autre chez soi à profiter de sa « housewive » pas si désespérée perdue entre partie de scrabble, séance à la piscine et shopping entre copines. Heu … comment dire ?

Vous regardez trop la télé.

Comme en France, ou ailleurs, il y a autant de type d’expatriés que de catégories sociales. Tout le monde ne tire pas le gros lot ! On peut aussi bien être patron d’entreprise qu’ouvrier, humanitaire ou indépendant. Et la vie à New York n’a évidemment rien à voir avec celle à … Dakar. Nous avons des amis qui se sont installés à leur propre compte, d’autres qui brillent à travers La société untelle, mais aussi ceux qui triment plus que d’autres et pour rien dans un emploi local peu rémunérateur.

On a, pour certains d’entre nous, des vies plus compliquées que pour d’autres parce que les moyens financiers des expatriés ne sont pas tous les mêmes. Nous gardons tous des liens avec nos banques et médecins français, et c’est plus compliqué de négocier un crédit ou de régler un différent à 5 000 kms de distance. La situation sanitaire dans certains pays africains peut être redoutable et nous vivons parfois avec une boule au ventre en priant pour qu’il n’y ait pas d’accident ou d’appendicite. Nous aussi nous courons entre travail, enfants, embouteillages, activités. Nous aussi nous tombons malade à cause de la pollution et de la fatigue.

On a tous en commun cependant une chose :

 

Cette année a été l’occasion, sur les réseaux sociaux et sur internet, de se poser des questions très cohérentes concernant l’immigration et sa différence avec l’expatriation. Je passe les commentaires racistes sur la couleur de peau des uns et des autres, je crois personnellement que ça ne sert à rien de rabâcher les erreurs du passé et de constamment les remettre sur notre dos.

Je vais vous dire ce que c’est que l’expatriation.

 

  • Un terme, pour désigner les gens comme nous, ceux qui vivent à l’étranger. Tiraillés bien souvent entre la famille et la vie ailleurs. Obligés parfois de se justifier, si on n'a pas décidé tout de suite d'expliquer et d'assumer son choix de vie. Obligés souvent d'être conciliant avec ceux qui voient d'un mauvais oeil votre départ. Et qui vous le disent. obligés d'apprendre par coeur le guide touristique du pays dans lequel vous vivez pour rassurer votre famille. "Mais oui, ça va, tout va bien ....".
  • Un contrat, ou plutôt un package, pour désigner des conditions de travail intéressantes et des avantages liés à la distance qui nous éloigne de nos liens métropolitains.
  • Une obligation, celle de respecter le pays dans lequel on vit, de s’intégrer tant que possible, de ne pas se mêler de politique et de ne surtout, surtout, pas faire de vague. La transparence, pas facile dans un pays africain quand vous êtes blanc, et qu’on ne voit que vous dans la foule !
  • L’expatriation c’est aussi une communauté. Celle à laquelle on s’identifie là où l’on vit.
  • Enfin l'expatriation c'est devoir se justifier, d'un côté comme de l'autre : certains vous reprocheront d'avoir quitté la France, alors que dans votre pays de résidence vous devez payer pour vous installer et qu'on vous demandera de justifier votre envie d'y rester. Double jeu ... économique, social, géographique.

 

C’est tout. L’expatriation, on l’a choisit la plupart du temps, mais parfois c’est parce qu’on a suivi un conjoint, ou qu’on a voulu essayer, et alors on s’est retrouvé pris dans l’engrenage ; mais on l’a choisi quand même. Avec à l’horizon un retour « un jour » en France, de plus en plus difficile vu d’aussi loin que nous sommes et raisonnablement, on peut avoir quelques hésitations à rentrer. Certains sites internet l’ont bien compris et offrent une aide à ceux qui retournent en France, par choix, ou par obligation. Jamais autant de français n’ont quitté le territoire, certes, mais il y en a qui rentrent quand même !

On peut en effet se sentir … déstabilisé, tenaillé par l’envie de renouer avec notre pays, et par l’envie de continuer encore un peu cette aventure surprenante de l’expatriation.

Que l’on rentre en France pour retrouver ceux que l’on a oublié (et réciproquement), ou que ce soit juste pour des vacances, et même si les réseaux sociaux aujourd’hui nous permettent de garder le contact où qu’on soit, et bien ce n’est pas aussi simple de rentrer en France que d’acheter un billet et de faire sa valise.

 

Moi, le retour en France, il se joue tous les étés, avec quatre enfants, 12 valises, et encore ce n’est pas le plus compliqué. Entre la maison à fermer soigneusement pour éviter les intrusions, les affaires à ne pas oublier, les cadeaux à préparer et les vacances à planifier, ce n’est pas du tout une partie de plaisir.

Mais imaginons l’arrivée en France à proprement parler. Aujourd’hui nous n’avons que 5 heures de trajet pour rejoindre Paris, mais il y a eu un temps où nous passions 18h entre deux avions et trois aéroports. Il fallait vouloir rentrer ! Je parlais plus haut de tourisme ou de pèlerinage…

 

Qui aujourd’hui a réellement envie de tout chambouler pour rentrer dans un pays où les attaques terroristes se multiplient, où les contrôles d’identité et les fouilles de sacs se généralisent, où l’on ne peut plus sortir sans l’appréhension que peut-être ce sera le mauvais endroit au mauvais moment ? Où l’on ne peut plus boire pour conduire, où il faut respecter ça, et ça, et encore ça, où on a l’impression d’année en année de perdre un peu de plus de liberté ? Un pays où en plus il faudrait arrêter de se plaindre sous prétexte qu’on n’y vit pas, et feindre d’oublier même que nous sommes juste de passage ? Sourire à tout le monde, pleurer avec les autres sur eux-mêmes, et ne plus, surtout ne plus rouspéter tout le temps ?

 

Il faut arrêter de prendre les expatriés pour des girouettes. Rentrer en France l’été c’est un choix, une envie, un sacerdoce. Moi, je suis formatée expatriée ! Oui je fais des comparaisons, oui si je pouvais prendre les avantages de la France sans ses inconvénients ça fait longtemps que je m’y serais installée. Oui il m’arrive de me demander pourquoi je suis rentrée. Mais la plupart du temps, il me suffit de regarder le ciel, et de déambuler dans les rues pour me rappeler comment la France me manque le reste de l’année. Des clichés peut-être ... Si votre choix de vie à l’étranger est solide, la France n’est pas un frein. C’est un repère, un phare, une bouée. Et tant pis pour ceux qui ne le comprennent pas. Ca fait longtemps que j’ai arrêté de m’en faire pour l’image que je renvoie ou pour les quand dira-t-on. Essayez, vous verrez, ça fait du bien.

 

L’étape suivante, c’est celle de l’immigration. Choisie. Si on en a marre de bouger tous les deux ans.

A la différence de l’expatriation, temporaire, l’immigration est un choix plus long. Sans durée. Réfléchi. Qui aura des conséquences sur la vie des enfants. Et sur la famille déjà mise de côté.

 

Que vous soyez dans un processus ou dans l’autre, c’est la rentrée, alors comme nous vous avez rejoint votre « home sweet home » étranger et vous vous apprêtez à reprendre la vie où vous l’aviez laissée. La boule au ventre ou pas …

Soulagés peut-être de retrouver vos pantoufles, vos affaires, votre chez-vous. Tristes sans doute d’avoir laissés la « gentille » famille et les « gentils copains d’avant » qui vous ont permis de passer un si bon été. Prêts à recommencer … (dans un an ça ira bien). Prêts à défendre votre position d’expatrié. Ou d’immigré.

 

Alors … BONNE RENTREE !

 


 

Un article à lire pour ceux qui ont "la boule au ventre" :

Risques. Conjoints d'expats : gare au blues !

 

 



08/09/2016
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