Une vie en Afrique

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En immersion chez les Baye fall_sept.2016

Petite définition du Baye Fall

Entièrement dévoué à son marabout (on parle d'allégeance), le Baye fall a fait voeu de pauvreté et et ce qu'il fait il le fait pour Dieu. Fin lettré qui connaît le coran parfaitement, il est aussi réputé pour ses chants religieux. Les Baye Fall sont les seuls musulmans du Sénégal à ne pas prier et à ne pas jeûner. Je trouve que l'article sur Wikipédia est bien fait pour une première approche, alors je vais vous laisser le consulter avant de poursuivre la lecture de ce reportage.


 

Les 20 et 21 septembre dernier j'ai plongé dans la culture Baye fall. Une expérience inédite quand on sait l'image que l'on s'en fait. A Dakar, ce sont ces grandes perches au look de rasta, dread locks sous le bonnet et l'air assez lointain quand ils ne s'adressent pas à nous pour demander de l'argent (on a tendance à les confondre avec des rastamen).

Une image surfaite, des "baye faux" comme ils se surnomment gentiment entre eux.

Autant dire que quand on les approche de trop près ils mettent de la distance. L'occasion était unique.

 

Quand j'ai rencontré Ousmane, il était loin de représenter le genre Baye fall. Juste un collier sur lequel on ne s'arrête pas de prime abord. Et la tête rasée.

Il m'a invitée à la cérémonie de commémoration mouride annuelle. Celle dont on entend pas vraiment parler quand on est expat, et ce n'est pas faute de chercher.

Je n'ai pas hésité une seconde.

 

Ousmane m'a pilotée à travers son monde de Baye fall. J'ai essayé de comprendre comment j'avais pu me laisser berner par ces soi-disant épouvantails croisés dans les rues Dakaroises.

 

J'ai débarqué au milieu de quelques centaines de pèlerins avec mon appareil en me disant "ça passe ou ça casse" : j'ai l'habitude, depuis plusieurs années je 'travaille' sur le pèlerinage Layenne.

Première surprise, il n'était pas particulièrement nécessaire de mettre une jupe longue sur mon pantalon, ni de foulard sur la tête et encore moins d'enlever mes chaussures. Ouf, avec 35°C à l'ombre, je n'imaginais pas comment j'allais finir la journée sans vertige ou déshydratation.

Deuxième surprise : un accueil chaleureux et aucun besoin d'autorisation sur le site des manifestations.

 

Alors pour commencer par le début, quelques mots sur l'ambiance. Si comme moi vous n'y connaissez rien, vous n'y apprendrez que ce qu'on vous voudra bien vous raconter c'est à dire toujours la même histoire sur le Cheikh.

Il y avait partout des tas de gens bien intentionnés prêt à raconter son Histoire : Cheikh Amadou Bamba, le Serigne de Touba, celui dont on voit des images partout (là je vous invite à taper son nom dans Google et vous apprendrez tout ce qu'il faut apprendre sur le fondateur du mouridisme déporté par les français en 1895).

Comme il fallait bien alimenter la conversation, j'ai appris d'où venait le café Touba qui était gracieusement distribué à tout le monde. Et on m'a parlé du miracle de la prière sur la mer. Et de spiritualité, et de méditation, et de pratique religieuse. 

Bon d'accord, à ce stade sans doute qu'une grande partie d'entre vous serait déjà repartie.

 

Moi j'ai quitté l'espace principal à 20h alors que les ombres blanches des femmes rentraient chez elles, et j'ai rejoins la tente de Ousmane, installée sur un petit terrain adjacent à la "maison" qui accueillait sa communauté. Celle d'un colonel à la retraite.

Des plats de nourriture attendaient la visite de ses confrères sous la tente ; assis sur des parpaings, Ousmane m'a raconté en quoi consistait sa fonction de baye fall tout en se faisant son petit café sur un petit brasero. Ils ne se voient qu'une fois par an à l'occasion de la fête annuelle prélude du grand pèlerinage de Touba. Ils ont quelques heures pour parler de leur année. Ils viennent, ils vont, et Ousmane court pour les servir.

 

Je vais vous parler de ce que j'ai vu.

 

Des jeunes gens habillés sans excentricité, qui ont passé deux jours à servir le flot de pèlerins venus de tout le Sénégal sans discontinuer : mise en place des marmites chauffées au feu de bois puis nettoyage au sable, vaisselle, café Touba, distribution de boissons, aide en cuisine, allers et retours pour distribuer les repas, dévouement total. Sans jamais s'énerver. J'ai vu leurs ombres affaissées discuter en tirant sur une cigarette qui n'en était pas une, j'ai vu leur fatigue et leur courage malgré les tensions et la pression. J'ai vu leurs sourires aussi, je les entendais m'appeler pour m'expliquer ce qu'ils faisaient, et je les voyais se lancer dans des conversations interminables avec moi.

 

Je ne dis pas que je n'ai pas vu le type 1 du baye fall cliché, mais j'ai pris la peine de discuter avec lui. Et là je dois remercier Ousmane de m'avoir 'sauvée' des discussions sans fin sur Dieu dans lesquelles j'étais empêtrée. Néanmoins, l'accueil a été poli, intéressé ; j'ai vu passer des familles entières de baye fall, j'ai vu chanter des yaay fall (les filles), j'ai salué un marabout et pris en photo des prédicateurs, des danses et des chants de baye fall.

Traînée par Ousmane, j'ai assisté à la prière d'en haut, alors que des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour la prière finale, pour l'ouverture des festivités.

J'ai vu Ousmane aider un jeune garçon malade, le soulever, lui trouver à manger, le conseiller.

A sa suite, j'ai découvert un monde que je n'imaginais pas. Un monde coloré, vivant, traditionnel. Un monde vrai, d'un côté, et faux de l'autre. Ousmane n'a pas essayé de me 'convertir' comme une partie des autres disciples. Il s'est posé en protecteur, mais en tant qu'invitée je n'avais vraiment pas à m'en faire. Toutes portes réservées, mais ouvertes.

Il faut que je vous parle du silence. Complet. Celui de la prière alors que des milliers de personne sont regroupées. Un éternuement peut-être, mais à part ça : RIEN. La surprise jusqu'au bout.

 

L'immersion dans le monde baye fall a été surprenante. Prise de tête parfois, mais globalement surprenante. Une invitation à vivre autre chose et à voir le monde différemment.

 

 

 

 

 



27/09/2016
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