Une vie en Afrique

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Deux écoles coraniques à Dakar

Deux écoles coraniques à Dakar

 

Mis à jour le 01/04/13

 

 

 

C'est sur mon trajet habituel que je vois quotidiennement cette petite assemblée peu ordinaire assise au bord de la route, sous les palmiers, les chaussures sur le trottoir. La nature du regroupement ne fait aucun doute : il s'agit d'une école coranique. Un maître, la barbe grisonnante, l'air avenant, est assis soit sur un tabouret, soit à même le sol, appuyé contre un arbre. Il est entouré d'une pléiade de jeunes enfants, assis sur des nattes, et assisté selon les jours, d'un ou de plusieurs autres adultes.

Un jour que je rentrais, je me suis arrêtée et j'ai rencontré ce vieux barbu, lui demandant s'il était pensable que j'assiste à une journée d'école, et si je pouvais prendre des photos. Il a gentiment accepté, sans rien demander en échange, ce qui m'a agréablement surprise.

Je suis donc passée, et j'ai rencontré les enfants. Un coup curieux, un coup timides, souriants mais hésitants, ils se sont laissés prendre au jeu, sous l'autorité de leur maître coranique. La tablette à la main, les prières sur la tablette, les enfants se chamaillent, jouent, étudient, rappelés à l'ordre par l'assistant ou le maître. Ils sont nombreux, cela dépend des jours bien sûr, mais le maître me dit qu'il enseigne à environ 105 enfants. Sa petite dernière âgée de 7 mois, assise sur les genoux, sourit autour d'elle. De temps en temps une voiture s'arrête sur le bas côté, descend la vitre, et donne des gâteaux pour les enfants. Le maître les distribue alors autour de lui, et le calme revient.

Je me demandais si les garçons étaient séparés des filles, et bien en fait, pas vraiment ; je me demandais aussi comment effacer les prières écrites à l'encre sur la planche de bois, et j'ai assisté au processus. Le maître, ou son assistant, ouvre le livre à la page de la prière qu'il désire enseigner, et avec une plume qu'il trempe dans de l'encre, écrit patiemment sur chaque tablette. L'enfant apprend cette prière et doit la réciter. Une fois apprise, l'enfant ponce la tablette avec du papier de verre, puis on recommence, à l'infini. Economique, et pas cher. Une tablette vierge se trouve très facilement au marché.

Le maître est toujours souriant, il parle un peu français, il répond à mes questions. Son assistant ne parle pas, il écrit, lit, récite, et gronde les enfants. Un enfant se lève pour lire, un autre s'en va avec sa maman, elle vient de descendre du rapide et continue sa route, avec son enfant. La journée de prière se termine  à 13h sauf le vendredi, jour de prière.

 

 

Pour le remercier, j'ai imprimé et donné au maître quelques photos que j'avais prises ce jour-là, lui promettant de repasser ; ce que j'ai fais. La galerie photo s'étoffera donc progressivement. Régulièrement, j'y retourne prendre quelques photos de cette école de la rue, une école rarement ouverte au public.

 

En passant un autre mardi sur la plage de Yoff, j'ai rencontré un autre maître coranique avec ses élèves. Ici les techniques semblent bien différentes : on ponce la tablette au sable (et pas au papier de verre), et l'encre est obtenue en pressant de l'eau de fond de marmite. Plus d'une centaine d'enfants participent à la cacophonie qui  règne à l'intérieur de ce bâtiment inachevé, psalmodiant des prières coraniques. Ils sont rangés par groupe d'âge. Le maître coranique va les voir passer les uns après les autres, du matin au soir (il y une pause pour le déjeuner) ; ils arrivent, s'agenouillent, récitent, puis jettent leurs tablettes au pied du maître. C'est la fille du maître qui écrit sur les tablettes. Il va nous expliquer qu'il a arrêté l'école assez tôt pour apprendre l'arabe, contre l'avis de ses parents. Il a ensuite été formé à Saint-Louis, où sont formés les grands marabouts et les grands maîtres coraniques. Il en vit maintenant.

 

 

 

 

 

 

 



26/09/2012
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