Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Ceci n'est pas un conte de fées

Laissez nous vous conter une histoire. Elle est courte, certes, mais elle a du sens pour nous, et nous espérons qu’elle en aura aussi pour vous. Nous l’écrivons à chaud, là, tout de suite, car sinon nous risquons de remettre à trop tard, hors il n’y a pas de temps, c’est tout de suite que cette histoire a du sens. Pour nous, et pour tout un pays. Le nôtre, celui dans lequel nous vivons.

Il était une fois … Et pourtant non, ce n’est pas un conte de fées. Il ne s’agit pas non plus d’un récit touristique.

Il était donc une fois, deux femmes. Ces deux femmes ne sont pas des héroïnes mais des personnes rien de plus banal. Et pourtant, pour certains, elles vont faire un petit quelque chose peu ordinaire en ces périodes troublées.

Plus désassorties, impossible. La première, photographe, maman de quatre jeunes enfants, résidente depuis 3 ans et demi au Sénégal. La deuxième, artiste peintre à la retraite, arrivée en 1950 dans le pays, elle vient de demander la nationalité sénégalaise. Deux caractères et deux parcours différents, et deux passions communes : l’exploration, et la photographie. Ces deux femmes donc décident d’aller jusqu’à Podor en voiture parce qu’elles ne connaissent pas. Aucun autre résident ne veut les accompagner. Mais elles partent quand même, avec de la famille, un couple retraité en visite auquel on a laissé le choix.

Rien n’a été planifié. La route se fera comme elle se fera, les étapes aussi, l’objectif étant d’arriver à Podor. Et là, surprise. Passé Thiès, nous avons devant nous une route peu fréquentée, un temps mitigé, une tempête de sable sur plusieurs kilomètres, des routes coupées par des troupeaux de vaches et de chèvres. Normal quoi. Et un accueil détonnant, des invitations à boire le ‘attaya’, des cadeaux offerts dans des villes sinistrées où les habitants, trop contents de nous voir, nous suivaient et nous racontaient leurs histoires après nous avoir invités à les rejoindre chez eux.

Nous aurions pu ne jamais voir tout ça, préférer rester à Dakar ; nous aurions pu rester fermés dans la voiture et préférer nous enfermer dans les chambres entre chaque visite ; nous aurions aussi pu rebrousser chemin quand on a vu cette tempête de sable nous tomber dessus.

Mais nous n’aurions jamais pu profiter de la ‘Teranga’ sénégalaise. Quand on vit à Dakar, les relations entre communautés sont dénaturées, pourries par l’argent. La mixité n’est pas simple, et l’hospitalité on ne la voit pas, ou peu. Il faut sortir de la capitale pour aller à la rencontre des sénégalais et surtout, surtout, arrêter d’écouter les messages alarmants qu’on nous envoie sur le Sénégal depuis la France.

Oui nous avions des scrupules, mais nous sommes passés outre. Oui nous avons serré des mains, et nous n’en sommes pas morts. Oui nous avons approché la frontière mauritanienne, et nous n’avons pas été agressés, mais accostés, simplement par curiosité et gentillesse. Nous avons joué à la pétanque sur les quais de Podor, nous avons discuté avec des enfants sur le chemin de l’école, nous sommes allés chez l’habitant boire le thé, nous avons partagé nos expériences avec celles des habitants de Podor, Dagana, Richard-Toll et Saint-Louis. Nous avons visité des endroits exceptionnels, émouvants, historiques ; nous avons profité de bien jolis hôtels, confortables, au personnel accueillant et agréable. Nous avons pris toutes les photos que nous voulions, parfois à force de discussions, certes, mais globalement en toute confiance et sans agressivité verbale. Enfin, nous sommes rentrés à Dakar, en pleine forme, avec un paquet d’adresses postales et emails, et des tas de souvenirs, ravis de ce voyage, mais tristes, aussi.

Car l’histoire ne s’arrête pas là bien sûr. Parce qu’à cause d’une épidémie qui ne sévit pas au Sénégal mais autour, et à cause des actes terroristes de groupuscules extrémistes sévissant dans les pays frontaliers, et parce qu’on nous a fait peur et que nous ne sortons plus ou peu de Dakar, les hôtels licencient et ferment petit à petit, le secteur est sinistré, surtout dans le nord. Ils n’ont rien demandé, ils sont inquiets, ils ont peur, et si la situation perdure, c’est toute une économie qui va sévèrement en pâtir. Les hôteliers en parlent à mots couverts, des fermetures et liquidations de leurs collègues. Ils sont pessimistes et estiment avoir déjà perdu leur année. Comment leurs employés vont-ils nourrir leurs familles ?

Nous ne sommes pas journalistes, nous voulions juste partager avec vous notre expérience, et nos sentiments. Nous avons été si bien accueillis que nous nous devons de les remercier. Et la meilleure chose que nous puissions faire c’est de raconter, tout simplement, ce qui nous est arrivé.

Nous pensons que personne ne réalise ce qui peut se passer, et surtout que cela ne peut que continuer si personne ne fait l’effort d’aller voir. Un peu de curiosité, c’est tout ce qu’il faut.

Courage, sortez de chez vous, appelez vos amis, dîtes leur qu’ici au Sénégal rien de tout cela ne se passe, que nous allons bien, que ce pays sait être accueillant et les attend. On les attend, tous.



25/12/2014
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