Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

A coeur ouvert_14-01-15

C'est à vous que je parle ...

 

Je ne sais pas vous mais je ne suis pas tranquille. J’imagine que beaucoup de personnes ressentent elles aussi un sentiment de malaise suite à cet attentat en France. Les esprits se sont déchaînés, et le réseau social est un exemple de ce qu’on peut faire de pire comme de meilleur. Mais en l’occurrence, c’est parfois le pire qu’on peut lire à travers les commentaires « des amis des amis », et un ’like’ sur un article qui a été partagé et où l’on peut lire des menaces de mort contre les catholiques, ou les français tout simplement, j’avoue que je ne me sens pas bien. Mais qui est vraiment ami sur facebook ? On parle de réseau social, mais on se rend compte qu’on ne connait pas un tiers de son carnet d’adresses, ou alors à tort. Dommage, on y croyait (je suis naïve, je sais) ... Mais là c’est trop fort, suite à des évènements qui ont focalisé une attention peu ordinaire, les avis se partagent et les caractères se dévoilent. Je suis française, mais je n'ai jamais vécu en France. Je suis africaine de Côte d'Ivoire, profondément attachée à ce pays. C'est là-bas que j'ai laissé 25 années de ma vie. Je suis une africaine blanche.

Je ne sais pas si je dois le dire mais personnellement je n’ai partagé ou affiché aucun panneau noir, ni pour Charlie, ni pour aucun autre pays africain en crise. Non par désintérêt, mais justement, parce que j’étais dépassée ; on a vu passer de tout, et le tri n’était pas facile à faire tous les jours, on y aurait passé des heures ; ce qui est arrivé m’a peiné autant que tous mes compatriotes, je suis sans doute trop réservée, et surtout inquiète. Je ne voulais pas non plus faire l’amalgame et relayer de tout, des rumeurs de complot, de fausses allégations, etc, ni rester dans l’attente de ce qui allait arriver. Bien que restant à l’écoute de ce qui se passait, je n’ai pas ressenti ce besoin d’en parler avec mon entourage, mais en même temps je suis peu entourée et plutôt isolée. Bref, tout ça pour dire que nous sommes tous touchés par cet attentat et qu’il éveille en nous un sentiment nationaliste fort, mais aussi à l’extérieur de métropole des sentiments exaltés, anti français. D’ailleurs une ‘contre-manifestation’ s’organise pour la semaine prochaine, peut-on craindre des exactions ? Annoncée comme anti-Charlie, il s’agira selon les organisateurs «de dire non à l’impérialisme galopante de la France, mais aussi et surtout de se solidariser avec le peuple africain ». Ce matin aux informations locales on parlait d’une manifestation pour les musulmans contre les caricatures. Tout change vite, tout bouge vite, ne risque t’on pas de voir s’associer à tout cela d’autres revendications ? Notamment contre le président dont la présence au défilé dimanche dernier en France en a énervé plus d’un au Sénégal. Les passions se sont déchaînées sur son compte.


Que doit-on faire alors contre ceux qu’on respectait mais qui affichent et partagent des propos insensés ? Je suis tolérante je pense, mais là je ne peux plus. Et pourtant ... Ne surtout pas se mêler de ces conversations prônant la condamnation à mort au nom d’un prophète qui n’a rien demandé, supprimer ces profils gênants, les appeler et éclaircir les choses ? Je ne sais pas.
Je me demande parfois si la déconnexion définitive ne serait pas le mieux, pour effacer tous ces bugs de la vie, les mauvaises connaissances, les vilaines jalousies, les oublis d’anniversaire, les propos désobligeants, etc.


Mais alors comment aurai-je des nouvelles de ceux qui me manquent, qui sont loin, que je n’ai pas vus depuis des années mais qui sont toujours là pour poster un like ou déposer un commentaire personnalisé et agréable sur votre mur, pour vous rappeler que vous existez pour certains ? Peut-être faut-il faire un tri plus sévère, où revenir au bon vieil email ?


Chacun saura trouver une solution propre à ce problème je n’en doute pas. Moi je reste moi, fidèle à mes principes, mais mise à mal ; je vais rester avec mes doutes, mes questions, ce sentiment qui tous les jours me fait mal au ventre, celui de ne pas savoir si la personne à qui je m’adresse pense comme moi ou au contraire, estime que je suis de trop. Ca fait partie des inconvénients de la vie à l’étranger, quand on n’est pas dans son pays, on apprend à fermer sa g.



14/01/2015
8 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 899 autres membres