Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

Billet n°20 // La saison des mutations // Août 2017

    

La saison des mutations

ou la vie est un jeu de chaises musicales

(ou de dés pipés)

 

 

Expat … ce gros mot pour certains, un style de vie pour d’autres. Quand on joue dans la cour des expatriés, on connaît la saison des mutations, soit qu’on est directement concerné, soit qu’on a forcément dans notre entourage des expat qui partent, et d’autres qui arrivent.

Cette saison des mutations est un temps fort de l’expatriation, qui intervient la plupart du temps en décembre ou en juin, bien que pour certaines sociétés le critère de l’année scolaire ne soit plus un frein à la période de mutation.

 

A la différence de l’immigration, c’est un cycle infini que celui de l’expatriation. Le grand jeu des chaises musicales, avec siège éjectable, ou non…

 

Avec tout le temps des supers gagnants à la loterie de la meilleure destination qui soit.

 

Et des perdants, ou des « qui bouge pas »,  allez savoir pourquoi, certains peuvent attendre longtemps avant de partir enfin (!!) là où ils n’auraient jamais pensé qu'on pouvait même aller (on a de la chance, ou pas ...).

 

Certes, la notion de « pays merveilleux » est illusoire, on en sait quelque chose, si les expat ne vivent pas chez eux c’est pour pas mal de raisons …

Mais cette notion de pays de "rêve", bien que très subjective, est un facteur clé d'une bonne intégration psychologique (en tout cas mentale) en pays étranger - arriver dans un nouveau pays avec des à priori négatifs n'est pas la meilleure façon de s'expatrier, exemples à l'appui .... Il ne faut parfois pas s'acharner, et quitter.

 

Bref, moi j'attends.

Cette année, mon 'voisin' part en Nouvelle-Zélande, ma 'copine' a son ticket aller simple pour Madagascar, et les cartes virtuelles de nos amis de Nouvelle Calédonie et de Zanzibar me font « m’étouffer » de rage, régulièrement.

 

Mais, j'attends.

 

Pendant deux ans j'ai dis que je partirais vite, que je ne vivrais pas longtemps ici ... certaines personnes ont fui, d'autres sont restées. J'ai arrêté de crier à tout va que je voulais partir. Mais c'est toujours ancré, là, dans l'estomac. Et quand je croise de nouvelles personnes et qu'on me demande ce qui me plaît dans ce pays, je souris. De manière figée sans doute, mais bon, on ne va pas faire fuir tout le monde quand même ! Surtout que mes raisons ne sont pas les leurs, alors là on a tout dit. Je préfère parler de choses qui ne fâchent pas, alors oui dans ce pays le climat est agréable, les soins de qualité, la sécurité, un plus. Et alors me direz-vous ? On en parlera de vive voix si vous le voulez bien, un de ces jours si on se croise !

 

Malgré les habitudes, le réseau, les bonnes adresses, malgré que nous sommes déjà des "vieux" expats du pays, malgré les sourires en coin des quelques amis qui restent, oui oui, nous sommes toujours là.

Je tourne en rond comme un lion en cage, mon mari bosse sans prendre le temps de s’arrêter et d’en profiter ; si mes enfants aiment vivre ici, je « me » rassure, ce n’est pas parce que le pays leur a tapé dans l’œil, mais parce qu’ils y ont leurs amis, leur vie.

Après tout ça ne fait que sept ans que nous sommes arrivés (aïe, grincement de dents) …

J'attends. Un petit noeud à l'estomac, un coup d'angoisse, cette année encore la carte des mutations ne nous trouvera pas sur sa route.

 

Nous en sommes toujours au même point qu'hier, qu'il y à sept ans, profondément ancrés, comme ces vieux baobabs africains, dans cette petite capitale "ouest af." à 5 heures de vol de Paris.

 

Comme certaines copines très très optimistes me le diront, il faut voir le bon côté des choses.

Nous remplaçons le bon vieil annuaire téléphonique, nous sommes toujours prêts à aider, et souvent de bon conseil ;  nous prêtons nos bons plans plombier, jardinier, réparateur, taxi, etc. Indispensables pour qui arrive, prêts à ouvrir grandes nos oreilles pour entendre tous vos malheurs de nouveaux expatriés.

 

Dans le ballet des "évadés" de cette année nous avons bien perdus quelques amis, c'est le lot de l'expatriation, mais le monde tourne toujours, et nous sommes toujours là. Au même endroit.

 

 

 

 

 

 

 



26/08/2017
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