Une vie en Afrique

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Agro-écologie et tourisme solidaire : un exemple d'éco village au Sénégal // nov.2017

J’aimerais vous parler aujourd’hui d’une expérience enrichissante que nous avons vécu récemment.

Dans le cadre d’un reportage sur les éco-villages au Sénégal, nous sommes partis dans la région du Baol visiter les villages de Ndem (à 12 kms au nord de Bambey – direction Baba Garage) et de Mbacké Kadior (à environ 80 kms de Touba). Nous avons été chaleureusement accueillis par une communauté baye fall qui nous a fait découvrir ce qu'elle a entrepris dans la région en la matière.

 

C'était un voyage bien plus grand, une rencontre avec une communauté surprenante qui tente de répondre à sa manière à des problématiques universelles grâce à une réflexion bien menée sur la ruralité et l'agro écologie, sur le partage des ressources, sur l'artisanat éthique, etc.

Des rencontres humaines improbables et inattendues avec des personnes de passage comme nous, et une expérience de tourisme solidaire complètent notre voyage éclair dans cette région du Sénégal que nous ne connaissions pas ...


 

Ndem, « un esprit apolitique, éthique, un échange, un partage »

 

C’est ainsi que Fatou résume d’emblée l’initiative à l’origine de l’émancipation de Ndem.

Fatou, d’origine franco-américaine (ce joli surnom lui a malicieusement été attribué par un groupe d’étudiants rencontré à son arrivée au Sénégal dans les années 2000), nous a guidé dans notre visite de Ndem. Fatou est l’épouse de Moussa, baye fall, Elle applique aujourd’hui les principes de la communauté (le don de soi, le partage et le travail) et s’implique dans le développement du village qui l’a accueilli en 2003. Sous « l’arbre-docteur », Fatou nous a raconté son arrivée « dans une autre sphère » où la dimension spirituelle a toute sa place.

L’histoire de Ndem, c’est l’histoire d’une rencontre, du retour au berceau d’un homme dans son village d’origine en 1983, un village sans eau, sans économie, déserté par les hommes, les animaux et la végétation.

 

« Quand il n’y a rien à faire il y a tout à faire »

Serigne Babacar Mbow, n’y avait jamais vécu. Elevé dans le quartier de Medina à Dakar, il a fait des études courtes en France où il a rencontré sa femme Sorkhna Aïcha, avec qui il est revenu s’installer au Sénégal et s’engager dans la voie baye fall.

Avec beaucoup de patience et de sensibilité, il a su saisir les « moments opportuns » et créer un pont entre l’environnement et l’homme.

Aujourd’hui Ndem est un modèle de village écologique ayant arrêté et inversé la tendance de l’exil rural. Environ 500 personnes y vivent à temps plein, dont 45 dans la communauté baye fall.

Les changements depuis 1983 sont considérables :

L’électricité, trois forages (solaire, électrique et au gazoil) apportant l’eau, une école (avec des instituteurs d’Etat), une case des tous petits pouvant accueillir de très jeunes enfants, un collège, une bibliothèque, un centre de formation professionnelle, une maternité (avec une sage-femme d’état) et un dispensaire (5000 patients/an), le reboisement de la zone, l’utilisation d’un combustible alternatif à base de coques d’arachide et d’argile (et la formation des femmes à son utilisation), l’irrigation, la création d’ateliers de confection, la prise de conscience concernant la gestion des poubelles, ce sont autant de changements qui ont permis de ramener l’espoir et de « fixer » les nouvelles générations.

Malgré tout, de nombreux autres problèmes restent à régler : l’accès (région enclavée), la formation, l’alphabétisation...

 

« Pour s’engager, il faut du temps »

Toutes les infrastructures présentes à Ndem ont été initialement créées par Serigne Babacar et Sorkhna Aïcha avec des fonds privés issus de la collaboration villageoise et de dons, avant qu'une partie ne soit prise en charge par l’Etat.

Traditionnellement, il y avait du coton à Ndem. Fatou se souvient encore de sa rencontre avec une grand-mère qui avait une égreneuse traditionnelle. Au village, tout a commencé avec une machine à coudre rapportée de France par Serigne Babacar. Les agriculteurs sont devenus tailleurs !

Aujourd’hui on apprend dans les ateliers la teinture, la couture, la vannerie, la création de bijoux, la transformation des fruits en confitures, etc. Les matériaux sont produits et vendus dans des conditions et dans un cadre équitable à travers un réseau de boutiques au Sénégal (à Dakar -Maam Samba – à saint-Louis – Keur Fall- à Bandia, à Saly et à cap Skirring) et en France, en Italie, en Suisse.

Comme toute nouveauté, il a fallu combattre les résistances et notamment l’imaginaire capitaliste véhiculé par la télévision qui a contribué à l’exode rurale. Mais au final les résultats sont là et tout à fait visibles si l’on compare avec les villages environnants qui ne font pas partie de la communauté de villages de Ndem (qui regroupe 16 villages) et qui manquent cruellement d’infrastructures et de moyens et qui continuent de se vider progressivement.

 

Environ 300 élèves sont scolarisés au primaire chaque année, et gardés de plus en plus jeunes, malgré le bouleversement familial profond engendré par le travail des femmes dans les ateliers. L’aide ménagère, auparavant fournie par la famille, est plus flexible grâce aux salaires engendrés par le travail, et les plus jeunes accompagnent leurs mamans au travail quand c’est possible. La mise en place d'une cantine scolaire garantit un repas par jour et « balaye » le problème du transport le midi. Les modes de paiement diversifiés (on peut payer en haricot ou en mil) ont aussi permis de scolariser plus d’enfants.

 

Les générations actuelles sont instruites, restent et investissent dans le village. Une association, « Eco jeune solidaire », formée par la jeunesse ‘instruite’ de Ndem  participe à la sensibilisation de la population sur des sujets sensibles tels que l’utilisation des OGM.

Une case vétérinaire a été récemment construite et une moto mise à disposition d’un vétérinaire qui vient ponctuellement travailler à Ndem. C’est un signe très encourageant de voir des professionnels revenir s’installer au village.

 

Outre la ferme pédagogique qui a été mise en place, on réimplante aussi des essences d’arbres et des plantes qui avaient disparu petit à petit et qui tentent de se réapproprier une nature plus accueillante revenue avec l’arrivée de l’eau.

 

A la recherche de l’autonomie alimentaire à travers le bio et le maraichage

Les besoins de la population ayant augmentés avec le mode de consommation urbain (téléphonie, électricité, eau, etc), la communauté de villages n’a pas encore atteint l’auto-suffisance alimentaire (mil, arachide et haricot niebe). Un sol pauvre et une rentabilité faible ont obligé les populations à favoriser une approche agro-écologique plus rentable, à transformer certains produits (céréales, fruits - on fait des jus et des confitures) et à diversifier ses activités (avec des ateliers de confection que l’on commence à décentraliser – ex. à Keur Potier).

 

Enfin, une auberge (capacité d’accueil de 9 à 15 personnes) encourage le tourisme responsable à travers le respect mutuel et le respect de l’environnement. Trois villageois y sont employés et 10% des gains reversés à l’ONG Ndem pour le développement du village (coordonnées ci-dessous).

Les villages sont maintenant regroupés en une ONG qui n’appartient à ce jour à aucun réseau.

 


 

+ de photos légendées ici

 


 

« On est ensemble » - Une nouvelle expérience à Mbacké Kadior

Missionné par le Khalife Général des Mourides à redonner vie à l'ancien site de pèlerinage de Mbacke Kadior (lieu de rencontre de Cheikh Amadou Bamba - fondateur du mouridisme - et de Cheikh Ibra Fall - fondateur de la confrérie baye fall), Serigne Babacar Mbow met toute l'expérience de 30 années de développement communautaire à Ndem au service d'un nouveau projet pour "revaloriser le patrimoine du mouridisme".

 

 

Une formation professionnelle et spirituelle

Le projet est réellement ambitieux et comprend la création du lieu de pèlerinage, d’une résidence, d’un daara (pour la réhabilitation des enseignements baye fall), d’un centre de formation (ateliers des métiers etc) et d’un lieu d’accueil des invités. Enfin, une ferme agro-écologique permettra d’initier très tôt les enfants aux métiers de la terre et de l’agriculture écologique (maraichage, élevage, pisciculture, agriculture etc).

 

« On recommence à zéro, avec 30 ans d’expérience derrière »

Serigne Babacar, Sorkhna Aïcha et leurs enfants font partie du déplacement.

Fallou, leur fils, a grandi à Ndem. Il s’investit complètement dans le projet de développement agro-écologique et de développement durable de Mbacké Kadior.

« La communauté a besoin d’exemples : il y a des alternatives à l’exode rurale ».

85 femmes travaillent maintenant dans la vannerie, la teinture, le crochet et la couture dans les villages environnants et commercialisent leurs produits sur le marché local.

Berta (une jeune polonaise arrivée en 2011 dans la communauté) prend en charge notre visite de l'espace agro-écologique. Si la ferme pédagogique est en création, 8,5 hectares de terrain offerts à la communauté sont d’ores et déjà grillagés et une partie est cultivée ; à terme, un éco-village  productif (travail en concertation) verra le jour autour d’une ferme agro-écologique (cheptel bio, arbres brise-vent, alternance d’arbres fruitiers et arbres fertilitaires, réintégration des essences d’arbres locales comme le jujubier, maraichage bio et basins de pisciculture, parcelles de plantes fourragères et parcelles particulières pour les cultures fragiles telles le coton).

 

La formation de la population aux techniques d’agro-culture sera initiée avec l’aide de l’association SOL (qui fait partie du réseau Biofermes internationales) qui les aide aussi à écrire le projet et à rechercher des fonds, mais aussi avec les volontaires internationaux (ONG, chantiers solidaires, etc), toujours dans le respect de l’éthique.

Bien que l’exode rurale soit moins importante, la région manque toujours cruellement de « bras ».

 

 

L’expérience ne s’arrête pas là

  • On plante des graines

Notre rencontre dans ces deux villages avec des étrangers de tous horizons venus eux aussi "expérimenter" le tourisme solidaire et découvrir l'agro-écologie a été très enrichissante. Le partage des repas, assis sur des nattes, autour d'un feu ou au petit-déjeuner, sont des exemples d'ouverture, d'échange, de solidarité, une expérience à méditer...

 

  • A Dakar, des ateliers (débat-discussion-concert) sur le thème de l’environnement, de l’échange et du partage vont être mis en place tous les mois à partir du 25 novembre 2017 (informations sur le programme DJOKKO sur la page Facebook Espace Maam Samba).

 

 


 

Pour plus d’informations :

 

Il y au Sénégal une agence nationale des éco-villages. Mais l’ONG Ndem n’en fait pas partie.

 

Le village de Mbacké Kadior est un lieu unique, un espace convivial où tout le monde est invité à venir travailler et partager son savoir-faire en échange du gite et du couvert. De très nombreux visiteurs y passent chaque mois, c’est un lieu de rencontre étonnant, multi-nationalités, très riche à partager d’un point de vue spirituel et solidaire.

Visiter les ateliers de Maam Samba à Ndem : du lundi au samedi de 9h à 13h et de 15h à 18h (sur réservation)

 

Auberge solidaire de Ndem : Lamine MANDIANG – contact et réservations : 77.212.98.44

 

ONG Ndem : www.ndem.org // ong@ndem.info // 77.800.39.70 ou 77.744.57.24

 

Jardin de Ndem (légumes frais, bio, visite de la ferme pédagogique et du jardin botanique ) : faune.flore@ndem.info ou 77.101.89.95

 

Maam Samba – Dakar : maam-samba@ndem.info // www.maamsamba.org // 77.762.85.59 ou 33.973.21.19

 

Réseau bio ferme international : https://www.sol-asso.fr/projets-multipays-biofermes-internationales/

 

 

Petites informations sur le mouridisme : le Khalife général des mourides s’appelle Serigne Sidy Moukhtar Mbacké (c’est le plus âgé des petits fils de Cheikh Amadou Bamba).

Le Khalife général des baye fall s’appelle Serigne Cheikh Dieumb Fall



10/11/2017
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