Une vie en Afrique

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À l'instar d'une bonne partie de l'humanité, il m'est très difficile de choisir // Roxane Sélavy - janv. 2017

À l'instar d'une bonne partie de l'humanité, il m'est très difficile de choisir. 


J'aime ceux qui parlent. Le ping-pong de leurs traits d'esprit anime mes soirées, la haute voltige de leur syntaxe approximative me distrait. J'aime les entrechats élégants des plaisanteries fines, je ne déteste pas le point d'exclamation d'une blague salace et je me délecte de l'humour noir comme de son collègue britannique. Je me réjouis lorsque d'aucuns bondissent du propre au figuré, lorsque les contrepèteries fusent, lorsque les charades s'encanaillent. Je m'amuse de l'effronterie d'une devinette, de l'audace du pantin soliloquant et de la fièvre du bouffon extraverti. Je m'interroge devant les provocations, les démonstrations et les interprétations. Je m'ausculte, confrontée à l'hystérie de saynètes trop bien huilées, aux échanges conjugaux trop bien rodés et aux conversations éculées. Ces danseurs de la parole, ces rigolos atteints de logorrhée, ce sont mes frères, je les aime.
 
Et j'admire ceux qui écrivent. Je m'extasie face au raisonnement d'un Descartes, face à la persuasion d'un Diderot, face à la rigueur d'un Spinoza. Je vénère la beauté baudelairienne, le rythme rimbaldien et l'imagination surréaliste. Je m'incline devant les figures de style, la ponctuation, les alexandrins et toute la poésie. Je rends hommage à l'inventivité du verbe, à la vigueur de la plume, à la richesse du vocabulaire, à la perfection de la grammaire et à tous les mouvements littéraires. J"honore le livre sacré, les idées partagées et les écrits ressuscités. J'aspire au foisonnement des mots, à la tolérance des genres et à la célébration des pluriels. Toute ma vie sera consacrée au combat de l'intelligence,  au prosélytisme des livres, à l'alphabétisation des pauvres, à la magie de la connaissance et à la liberté de l'instruction. 
 
Aussi je l'avoue. Je ne sais ni ne veux choisir entre l'oral et l'écrit. Il va de soi que cette affirmation est mensongère. La liberté s'exerce en une seconde, le choix est enfoui en soi, même si des années s'avèrent nécessaires pour qu'il pointe à la surface de la conscience. 
Alors, l'oral ?  L'écrit ? 
Je m'agenouille devant les beaux parleurs.
Tu es sérieuse ? ! 
Non.
Mais au commencement était le verbe. 
Bêcheuse !
Je ne suis qu'une plume légère et sporadique mais toutes les fibres de mon être tendent vers l'amour des lettres. Si petite devant les pirouettes des brillants causeurs, si humble devant les monuments des illustres écrivains, je dirai mon dernier mot : merci, merci de m'avoir bercée de cette musique.
 
Roxane Selavy


13/01/2017
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