Une vie en Afrique

Une vie en Afrique

3615 ma vie

3615 ma vie ......

 

Créé le 20/05/2010

 

En parcourant par hasard quelques sites Internet, je suis tombée sur une expression qui m'a tout de suite intéressée. J'ai essayé de savoir ce qui se cachait derrière, mais impossible de me connecter. Pourtant elle sonnait bien. Sans doute un peu trop,  puisque j'ai hésité à la reprendre pour moi. Je me suis sentie comme ... aspirée, inspirée. Un courant passait, un feeling avec un ensemble de mots, une phrase toute faîte, une idée autour, même difforme, un sentiment que quelque chose va sortir de cet amas de chiffres et de mots. En connexion, je tourne autour des mots, du pot, je les observe, j'y pense, je les range puis les ressors. Finalement, je me suis décidée à les prendre, à m'approprier cette expression en quatre temps. Cependant, cela fait maintenant deux jours que je me demande autour de quoi cet article pourrait tourner, car je n'en ai que le titre. Sur le bout de ma langue, les idées affluent, mais rien ne sort encore.

Mais comme il faut bien commencer un jour, et que la feuille blanche ne m'a jamais effrayée, je me suis dit qu'un petit tour d'horizon de ma vie, au jour le jour, telle qu'elle est, pourrait déjà être un bon début. Après tout, un 3615 c'est avant tout une mine de renseignements quotidiens ...

 

Un jour sans

Je ne sais pas pour vous mais ma journée se découpe généralement en activités savamment ordonnées, calquées sur mes horaires de bureau, sur ceux des écoles des enfants (je ne fais pas dans la demi-mesure, trois enfants, deux écoles), de leurs activités périscolaires, de leurs rendez-vous (heureusement rare) ou, plus banal et moins excitant, des courses et autres devoirs express que j'expédie d'une main bien trempée ! Je saute de quartier en quartier, comme une puce ! Avec ce planning bien chargé, les aléas montrent régulièrement le bout de leur nez : embouteillage ou ralentissement, pluie et grêle ou encore accident, provoquent arrêt de circulation et inondations, autant de tentatives d'interruption de mes obligations. Faute de circonstances atténuantes, ces jours-là je crie, je hurle, je peste et je vocifère contre : les intempéries, les éthiopiens qui ne savent pas conduire, ceux qui prennent tout leur temps sur la route, les éthiopiens qui font n'importe quoi, ceux qui n'ont pas ce que vous voulez acheter, ceux qui ne vous comprennent pas tout simplement, ceux qui, ceux qui, ceux qui ne vous aident pas, mais alors pas du tout à aller vite, alors que vous avez un planning surchargé et que l'autre derrière il a le mégaphone sur le toit de son véhicule qui hurle une musique éthiopienne qui ressemble à toutes les musiques éthiopiennes, aiguë et lancinante  ! Le chauffeur, à côté, se fait tout petit petit, à la limite de l'oubli, car évidement lui aussi il s'en prend régulièrement plein la tête (il a juste pris la mauvaise route à la mauvaise heure), et en plus, mauvais point pour moi, il comprend le français : je ne peux rien lui cacher ! C'est donc un jour de mauvaise foi, un jour de sms un peu secs, de mots un brin tendus, d'appels qui s'emportent et de réflexions pas toujours agréables, un jour où, dirigée par une frénésie électrique, je m'emporte pour un rien et j'en oublie d'être gentille, où je rouspète pour tout, et plus encore ! Quand il faut faire cinq magasins pour acheter un produit, ou six stations service avant de trouver celle qui n'est pas en panne de courant ou en rupture de carburant, j'essaie de faire le vide dans ma tête, de me plonger dans le livre qui me suit toujours, mais c'est souvent inutile, l'excitation et la tension m'empêchent de me concentrer.

Un jour sans, c'est un jour où l'on rentre chez soi fatiguée, énervée, avec un mal de tête carabiné, où le moindre cri des enfants qui vous accueillent vous transperce la tête d'un coup de couteau bien aiguisé, et où l'on a souvent pas encore terminé : il n'est pas rare que ces jours-ci la nounou vous accueille avec de mauvaises nouvelles du style : il n'y a pas de courant, le générateur refuse de se mettre en route (elle a oublié d'éteindre les chauffe-eaux, ou la pompe, condition sine qua non pour le mettre en route, et le gardien est encore en retard, c'est à lui de faire ça et pas à vous qui rentrez fatiguée, énervée, ça va chauffer pour lui quand il arrivera), du coup il n'y a pas de téléphone donc elle n'a pas pu appeler pour dire que nous sommes en panne de gaz, il est 18h et les enfants ne sont pas lavés, plutôt excités, la télévision ne fonctionne pas car le satellite ne décode pas, et le retard est largement consommé. Ah oui, les poubelles s'accumulent ... Evidemment, ces choses là ça arrive, pas souvent, mais ça arrive. Lessivée, essorée, glacée, j'abandonne tout en vrac une fois les enfants couchés !

Du coup, on sait apprécier les jours avec, ces jours de grand repos, ces jours de grande glisse, où tout se passe bien, s'imbrique correctement, sans cri et sans mal de tête.

 

Les jours avec

Heureusement majoritaires, ces jours avec, s'ils ne permettent pas de se reposer, nous autorisent tout de même à souffler un peu, à prendre un thé au bar d'un café, à passer voir une copine, ou mieux, à faire du shopping entre deux corvées ! Cartographie de la ville, mémoire des noms de quartiers et de rues, raccourcis, si mon chauffeur joue le jeu ce jour-là, alors je peux espérer rentrer fatiguée mais fière d'avoir achevé une énième journée marathon, parfois sans manger ! Quelques heures sur Internet si le réseau fonctionne correctement et me voilà connectée à tout et n'importe quoi, histoire d'oublier ma journée ; je découvre ainsi le site www.uneviedepintade.fr, ou www.viedemerde.fr, des articles divers aux mots exotiques, plein de nouveauté et de modernité …  et tout en mixant avec quelques parties de spider solitaire j'imagine moi aussi de grandes choses qui restent malheureusement à l'état végétatif : un livre inachevé, une nouvelle en attente, un blog qui me prend la moitié de mon temps …

Ces soirs-là les enfants sont généralement déjà lavés quand je rentre, le repas est terminé et les sacs sont fermés, la cuisine est propre, la maison allumée et accueillante, la télévision fonctionne, même si les enfants accaparent le programme, et tout plein de jolis dessins attendent mon arrivée.

Ces soirs-là j'ai généralement le temps : de 'baygoner' la petite fourmilière qui se réinstallera demain ailleurs et que je traquerai tous les jours, de préparer le petit-déjeuner du lendemain tout en briquant la cuisine, d'aider les enfants à ranger leurs chambres, de trier des papiers et de signer les cahiers, de me laver, de ravitailler les salles de bains en produits divers, de ranger la maison, ...  bref je ne chôme pas.

Avec un peu de chance, pas trop de grognements au moment de mettre la table, quelques gros câlins après avoir joué à cache-cache dans la chambre, un débat de grandes idées exposé par les enfants, un mari qui rentre plus tôt …

Non, là je rêve encore un peu, mais ça peut arriver disons, une fois par semaine !

Le reste du temps on se contente d'un récit rapide et de gros bisous pour achever la journée tendrement en espérant faire mieux le lendemain.

 

3615 ma vie, ce sont des jours avec et des jours sans  qui rythment mes semaines, mes mois, mon année. Des aléas d'humeurs, d'envies et de désagréments,  ce qui pimente mes journées.

 

3615 ma vie, une histoire personnelle, un journal quotidien, une envie d'écrire pour désacraliser, pour démonter ma vie de femme, de mère, d'employée et de 'bonne à tout faire' ! Poupée de chiffon désarticulée, ou girouette tournant sur elle même, refaisant constamment les mêmes chemins, partant, revenant, à l'affût du moindre objet capable d'améliorer mon quotidien, mes trajets, attentive au petit rien qui éclairera ma journée, bousculée de temps en temps par des hasards malheureux, et souvent par des coups de vent chanceux ... 

 

3615 ma vie ............ toute une vie.

 

 


 



20/05/2010
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