Une vie en Afrique

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3000 ECOMEN_Halte à la pollution grâce au recyclage !

Newsletter ECOMEN_avril 2014

 

Laurent LIBRE a spontanément et aimablement accepté de nous recevoir alors que nous l’avions contacté par email suite à un article diffusé sur internet sur l’association 3000 ECOMEN (ECO=écologie – MEN = développement) qui recycle les déchets non organiques et les utilise pour construire maison et mobilier !

Direction Keur Moussa, à environ 60 kms bitumés de Dakar, un vendredi après-midi. Il nous attend dans sa  voiture couleur locale puis nous guide dans les quartiers du village. Tout de suite, nous rentrons dans le vif du sujet : il nous amène sur un site « témoin » pour nous présenter son travail. Jovial, dynamique,  il adore ce qu'il fait, il y croit, et il va nous montrer que ça marche ! Dans un pays où il n'existe ni tri ni traitement des ordures,  voici un moyen économique et simple de ramasser et cacher ses déchets.

 

Les cases témoins

La première case révèle une structure utilisant des déchets (plastiques), de la terre, et 3% de ciment. La fondation et les sous-bassements sont en pneus usagés tassés de déchets, de sable et de terre. Ici, on voit trois épaisseurs de pneus qui pourraient supporter plusieurs étages. En effet, le pneu compense tous les mouvements, il a une résistance à toute épreuve une fois les déchets compressés à l’intérieur. Par principe, il n’y a pas de tri, pas de nettoyage, c’est donc une technique rapide et efficace. Ici, un lit et un bureau également construits à base de pneus bien tassés avec du sable et remplis de déchets, le tout recouvert de béton.

La ventilation naturelle est mise en place grâce à des tuyaux et des tubes plastiques en haut, et en bas, ce qui permet de laisser l’air circuler et d’avoir des températures modérées. Des boudins de polypropylène remplis de sable et de ciment sont montés en dôme en guise de parois.

La toiture est en bois d’eucalyptus, béton, grillage de poulailler (pas cher et qui tient bien) et fer. Le grillage permet en effet de consolider les structures.

La seconde case nous permet de découvrir la ré-utilisation des bouteilles, notamment dans les parois ; en partie ou entières, sont utilisées comme des puits de lumière et apportent une petite touche d’originalité et de décoration.

L’extérieur des deux cases n’est pas sans rappeler une maison orientale, toute en rondeur.

 

Mais qu'est-ce que la maison idéale ? La copine qui m'accompagne s'est lancée dans la construction d'une maison nubienne (en BTC – briques de terre compressée – latérite avec 3% de ciment). Laurent quant à lui imagine la maison idéale certes en terre mais avec de bonnes fondations pneus et de bons enduits. Il estime qu’il faut utiliser les matériaux qu’on trouve sur place, et revenir aux anciennes méthodes traditionnelles qui ont malheureusement été abandonnées (les maçons syriens et iraniens étaient sans aucun doute les meilleurs).

 

Portrait d'un homme

Laurent est un compagnon. Il n’était jamais descendu plus bas que le Maroc avec de passer au Sénégal il y a cinq ans, puis de revenir il y a deux ans et de s’y installer. Il était choqué par le problème des déchets et tout de suite il lui a paru évident qu’il fallait remplir les pneus usés avec. Il partage maintenant son année entre Keur Moussa et son travail en France où il continue à s’investir dans des projets écologiques (il vient de terminer une maison dans le Jura en bois avec fondation pneus). Ici, il est le coordinateur international de la structure qui a été créée en France. Il veut la faire reconnaître et envisage de créer en parallèle la structure marocaine prochainement. Il travaille aussi à Dakar avec notamment l’Institut des métiers de l’environnement. Il va proposer en accord avec l’état sénégalais une filière de formation sous peu. Il contribue également à transformer une maison en école en repensant son aménagement et en formant les équipes. Enfin, il va piloter un projet sur la région de Thiès avec le soutien de l’ambassade de France et des communes concernées.

Ecomen est une association  de la loi de 1901 – son président est un architecte DPLG spécialisé dans les maisons écologiques. L’association intervient entre autres dans des programmes de solidarité internationale (notamment en Syrie) et se compose de nombreux compagnons. Ils se mettent au service des gens courageux qui aiment ce qu’ils font et qui veulent apprendre et évoluer positivement. Actuellement,  ECOMEN ce sont une centaine de membres cotisants, environ 300 suivi sur facebook, et  400 abonnés à la newsletter.

 

En deux ans, Laurent estime avoir sensibilisé beaucoup de monde, mais en terme de formation, il ne peut compter que sur une bonne quinzaine de maçons. Il souhaite que sa technique perdure et pour cela il continue à gérer l’ensemble des chantiers en cours au Sénégal afin d’en contrôler la qualité. Comme il le dit lui-même, l’écologie n’est pas une idée mais une pratique. La mettre en place ici relève d’un véritable challenge, car « le ciment et les déchets, ça ne ferait pas rêver les écologistes s’ils n’étaient pas certains que ça marche » ! Laurent a maintenant mis en place un réseau de contacts locaux qu’il fait travailler notamment en payant les pneus usagés.

Laurent est accompagné de Ouleye, coordinatrice locale, et de Ousmane,  20 ans et formateur. Il a commencé il y a deux ans, et maintenant c’est lui qui organise les ateliers scolaires dans la région de Thiès. Laurent semble fier de son élève, saluant son esprit d’initiative et ses idées. Dans les écoles, les enfants sont très motivés par ce projet : ils stockent les déchets puis quand ils les jugent suffisants ils réclament un atelier pour faire des bancs et des bureaux puis demandent des sacs de ciment aux enseignants : pour un coût très modique, ils auront de beaux équipements pour l’école. Laurent initie également au recyclage les tous petits et leur demande pour les ateliers d’apporter n’importe quel déchet pour lequel il trouve toujours une nouvelle utilisation ludique, créative et pratique ! C’est ainsi la première étape vers la prise de conscience à la gestion des déchets.

Nous continuons notre visite par un exemple des équipements que ECOMEN peut proposer en solution au recyclage des déchets : bureau, salon de jardin, terrasse, lit, canapé, étagère de cuisine, pots de fleurs, bancs, etc. Laurent met en avant le prix très compétitif et les courts délais de création.

 

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Pour ce salon, compter trois jours de travail.

 

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Pour ce canapé dans le salon : 18 pneus, 3 sacs de ciment, 1m3 de déchets !

 

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Pour cette terrasse : la table et la banquettes en structure pneus, fer et déchets (1,8 m3), et des canettes pour les finitions.

 

Assis autour d’un plateau repas de boulettes au yassa, nous discutons de son association et de notre visite, et proposons de le mettre en contact avec Imagination Afrika qui est à l’origine d’une exposition (toujours en cours) sur le recyclage à l’IFAN à Dakar.

 

Et voilà, nous devons rentrer à Dakar, mais Laurent a accepté de nous montrer son travail dans la capitale. C'est avec grand  plaisir que nous le retrouverons prochainement.

 

Je voulais à travers cet article saluer le courage et la motivation d'un homme et de son association qui s'engagent au Sénégal et ailleurs dans le monde pour lutter contre la pollution en mettant en place une technique personnelle de recyclage des déchets, facile et peu onéreuse, en informant et en formant les corps de métiers concernés et les enfants. Partagez cet article !

Merci à eux !

 

 

 

 

Contacter 3000 ECOMEN : laurentlibre@gmail.com ou www.3000ecomen.com ou sur facebook

 

 

 

Nathalie GUIRONNET



24/03/2014
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